Dossier de presse concernant la remise du titre de Juste parmi les Nations à la famille Peteux,
qui a caché et sauvé la famille de Maurice Konopnicki
CHARLEROI
Lambertine, Alfred et Joseph, Justes parmi les Nations
Monique Marlaire-Peteux a reçu les marques de reconnaissance réservées aux Justes parmi les Nations des mains de son Excellence l’Ambassadeur d’Israël jeudi soir à l’Hôtel de ville de Charleroi.
« C’était il y a plus de 50 ans. Le monde était devenu fou. Une race qui se croyait supérieure avait décrété que les races inférieures devaient disparaître de la surface de la terre. C’est ainsi que j’ai été condamné à mort, comme toute ma famille, comme tout le peuple juif se trouvant sous la botte nazie. Mon frère Victor avait 14 ans lorsque les nazis l’ont enlevé. Il a disparu à Auschwitz comme beaucoup d’autres membres de la communauté juive de Charleroi. Mais à Charleroi, plus que partout ailleurs, un grain de sable, infime, dur et ferme a quelque peu enrayé la machine infernale conçue par les nazis. »
Hommage aux Carolos
Maurice Konopnicki s’est souvenu avec émotion et reconnaissance, jeudi soir, devant la descendance de Lambertine et Alfred Peteux qui, depuis lors, à l’image de tous les Justes parmi les Nations, servent d’« exemple aux jeunes générations appelées à manifester leur solidarité et leur compassion devant leurs frères en difficulté ou dans le malheur, pour ne pas commettre ce que le philosophe Glucksman a appelé "le crime d’indifférence" ».
L’ambassadeur d’Israël en personne présidait la cérémonie aux côtés du bourgmestre Jacques Van Gompel. Il a tenu à rendre hommage « à la population de Charleroi et sa région, qui s’est particulièrement distinguée, au cours de la Seconde Guerre mondiale, par son courage, son esprit de résistance et son abnégation. C’est grâce à l’action des Justes qu’un tiers de la population juive de Belgique a pu être sauvée », a-t-il ajouté.
Les quelque neuf cents Belges qui, à ce jour, ont été reconnus comme Justes ne reflètent pas suffisamment le grand élan de solidarité de ces citoyens qui ont œuvré en faveur de leur prochain, au péril de leur vie. Ils étaient en effet beaucoup plus nombreux et Yad Vashem, le Mémorial de l’Holocauste à Jérusalem, nous a assigné comme devoir sacré de continuer à les rechercher inlassablement et à les honorer. »
Refuge et faux papiers
Pinhas Konopnicki, son épouse Grina et leurs trois enfants Victor, Ida et Maurice vivaient à Charleroi en toute tranquillité quand, en juillet 1942, leur fils aîné Victor fut arrêté au cours d’une rafle et envoyé à Malines, dernière étape avant Auschwitz. Ils ne le reverraient plus.
Le jour même, la famille quitte son domicile et trouve des refuges provisoires en divers endroits de la région, vivant une année durant dans la précarité la plus totale.
Un réseau de résistants leur procure un refuge sûr chez les Peteux-Blancart, à Marchienne-au-Pont. Le jour dans une arrière-cuisine à l’abri des regards, la nuit dans une mansarde. Lambertine tient une épicerie et Alfred travaille au moulin de Marchienne : l’approvisionnement s’effectue sans problème.
A titre posthume
Maurice et Ida deviennent les petits cousins des enfants Peteux, ce qui leur permet de jouer et de se montrer. Joseph Peteux, leur fils et son épouse Simone appartenant à une filière de la résistance, la famille Konopnicki obtient de fausses cartes d’identité.
Les bombardements répétés les font déménager tous à Montigny-le-Tilleul malgré le danger omniprésent dû à la présence, parmi les voisins immédiats, de rexistes notoires et actifs dans la région.
En septembre 1944, au moment de la libération de Charleroi, Alfred Peteux réussit une fois de plus à sauver la vie d’Ida et de son père qui, croyant la voie sûre, étaient sortis de leur cachette et ignoraient la présence de fuyards allemands cachés dans les bois.
C’est pour avoir caché et sauvé, au péril de leur propre vie, une famille juive des camps de la mort que l’Institut Yad Vashem à Jérusalem a décidé de conférer le titre de Justes parmi les Nations, à titre posthume, à Alfred et Lambertine Peteux ainsi qu’à leur fils Joseph, que représentaient jeudi Monique Marlaire-Peteux et sa famille.
L. Dubois |