Définition

 Reconnaissance

 Aide

 Statistiques

 Justes

 Enseignement

 Bibliographie

 

 

 

 

 

 

 

JUSTES PARMI LES NATIONS DE L’EX-YOUGOSLAVIE

 

MUSTAFA HARDAGA

 

A Sarajevo, capitale de la Bosnie, Mustafa Hardaga, musulman, possédait l’immeuble qui abritait l’usine de Josef Kabilio, un Juif qui fabriquait des tuyaux métalliques. Hardaga, sa femme et le père de celle-ci, Ahmed Sadik, recueillirent Kabilio et sa famille, défiant l’ordre affiché sur les murs de la ville de ne pas donner refuge aux Juifs et aux communistes. Après être restés cachés six mois, Kabilio et sa famille purent fuir de l’autre coté de la montagne, à Mostar, dans la zone italienne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Juifs forcés de travailler dans le camp militaire de Sarajevo

 

Témoignage de Zaineba Hardaga, l’épouse de Mustafa Hardaga, recueilli par Marek Halter (La force du Bien)

« Pendant la Seconde Guerre mondiale, lui dis-je, vous habitiez ici, à Sarajevo ?

  • Oui.
  • Et la famille Kabilio ?
  • Ils étaient nos amis depuis toujours. Nos amis, et nos voisins. Les différences de religion de comptaient pas. Nous nous respections. Ils avaient de l’estime pour nous, et nous pour eux. Dès le commencement de la guerre, on a partagé ce qu’on avait. Et pendant toute la guerre – une période d’exil pour eux – nous sommes restés en relations. Nous étions heureux de pouvoir les aider. Et encore plus heureux, en 1945, quand ils sont revenus des territoires libérés de Kordun. Ils sont tous rentrés : Yojé, sa femme et leurs enfants, vivants et en bonne santé. Si peu de familles revenaient au complet… Pourquoi nous avons fait ça ? Mais…c’était normal : ils étaient nos amis…
  • C’était quand même très dangereux pour la famille Hardaga de cacher la famille juive, la famille Kabilio ?
  • En fait, en 1941 nous habitions entre le quartier général de la Gestapo, la Kommandatur et la prison !... Des affiches disaient : "Quiconque sauve un Juif sera exécuté". Yojé avait été condamné à mort, alors nous l’avons caché jusqu’à ce qu’il passe à Mostar grâce à des partisans. Sa famille avait pu partir avant lui.
  • Avez-vous eu peur ?
  • Non. L’humanité ne connaît pas la peur. »

Des années plus tard, et pour que la chaîne de la solidarité ne se brise pas, ce fut la famille jadis sauvée qui porta secours aux descendants des anciens sauveurs. Voici les propos de Tova Grinberg-Kavilio, la fille des Kabilio :

« Je suis née à Sarajevo en 1938. Quand les nazis ont envahi la Yougoslavie, j’avais trois ans. Je me rappelle donc peu de choses de la première année de l’Occupation. Mes premiers souvenirs sont liés à un appartement qui n’était pas le nôtre. C’était celui d’un voisin musulman, ami de mes parents : Mustafa Hardaga et de sa femme Zaineba… Dès que les nazis, aidés par des fascistes croates catholiques et musulmans, ont commencé la chasse aux Juifs, Mustafa et Zaineba nous ont pris chez eux, sous leur protection. (…) Quand la situation est devenue dangereuse pour nous à Sarajevo, à cause des dénonciations, Mustafa Hardaga nous a emmenés, ma mère, mon frère et moi, chez des amis à lui, en zone italienne. (…) A la Libération, nous nous sommes tous retrouvés à Sarajevo et, comme notre appartement avait été dévasté, nous nous sommes installés à nouveau chez Mustafa et Zaineba. C’est plus tard, en 1950, que nous sommes partis en Israël. » Lorsque la guerre civile éclate, Tova Grinberg-Kavilio se rappelle de sa réaction : « Dès que j’ai appris les événements et que j’ai vu à la télévision les premiers morts dans les rues de Sarajevo, j’ai téléphoné à Zaineba Hardaga et je lui ai demandé ce que je pouvais faire pour l’aider. Elle m’a raconté l’horreur de cette guerre, et m’a suppliée d’aider sa fetite-fille Amra et ses deux enfants à quitter Sarajevo. Alors, je les ai fait venir en Israël. Ce n’était pas très compliqué… Il a fallu obtenir des visas et de l’argent pour le voyage. J’ai tout organisé en une journée : les billets d’avion, les visas, tout. Toute seule, très vite. (…) Elles étaient en difficulté, il fallait les aider. Je n’ai pas réfléchi bien longtemps. Je crois que je n’avais pas le choix. Je ne pouvais tout de même pas les laisser là-bas, sous les bombes ! Comment aurais-je pu, plus tard, me regarder dans une glace ? »

Quant à Amra Hardaga, elle témoigne : « Pour moi, il y a deux sortes d’hommes : ceux qui font preuve d’humanité, et les autres. Je crois que l’amitié est une chose sacrée, la plus belle chose de la vie. On aime sa famille d’un amour naturel ; les amis, c’est plus fort. Nous avons grandi avec l’idée que nous avions des amis en Israël, et quand notre amie Tova a décidé de nous accueillir, j’ai reconnu l’image que je me faisais de la famille Kabilio dans toute sa bonté. C’était de sa part une réaction si spontanée, si humaine ! Si la situation avait été inverse, j’aurais accueilli Tova à Sarajevo. Dieu veuille qu’il n’y ait plus de guerre ! Mais, si tout recommençait, le l’accueillerais sans hésiter. C’est humain, normal. Une fois ici, à ma grande joie, j’ai vu se confirmer l’image que j’avais de Tova. Elle nous a beaucoup aidés. Je ne sais pas comment je pourrais le lui rendre… »

 

Charleroi - Belgique - Monde - Liens