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JUSTES PARMI LES NATIONS DE POLOGNE

Selon l’historien Martin Gilbert, 3.000.000 Juifs ont été assassinés en Pologne pendant la Seconde Guerre mondiale. Les Polonais qui eurent un comportement exemplaire et risquèrent leur vie pour sauver des Juifs représentent une exception. Au 1er janvier 2007, 6.004 polonais ont été reconnus par Yad Vashem comme Justes parmi les Nations.

 

IRENA SENDLER

 
Irena Sendlerowa dirigeait la section du Zegota (acronyme polonais du Conseil d’assistance aux Juifs, établi en septembre 1942) qui se consacrait spécifiquement aux enfants. Avant la guerre, elle avait été administratrice à un haut niveau dans les services sociaux de la ville de Varsovie, avant même la création du Zegota, s’était servie de ses contacts dans la municipalité pour placer des familles juives sur les listes des services sociaux, en leur donnant de fausses identités chrétiennes ; elle avait contacté des intendants d’appartement pour que des familles juives puissent être inscrites comme locataires et elle demandait aux assistantes sociales de les déclarer atteintes de maladies contagieuses pour éviter les visites.
Au bout d’un certain temps, plus de trois mille Juifs bénéficièrent de l’aide qu’elle apportait par l’intermédiairede ses connaissances.Après la fermeture du ghetto, elle obtint des laissez-passer spéciaux,auprès de médecins du départementdu contrôle des épidémies, qui lui permettaient, ainsi qu’à sa complice Irena Schultz, d’entrer à son gré dans le ghetto. Les deux femmes s’y rendaient quotidiennement pour y apporter de la nourriture, des médicaments, des vêtements et de l’argent. Elles parvenaient à en fournir des quantités suffisantes grâce à l’aide de plombiers, d’électriciens et autres ouvriers polonais qui avaient le droit d’entrer dans cette partie de la ville avec leurs camions.

Comme la situation au ghetto se détériorait, que la famine sévissait et que les déportations s’intensifiaient, Irena Sendlerowa et Irena Schultz s’efforcèrent d’en faire sortir les enfants. A la fin de l’année 1942, elles furent contactées par le Zegota et leur réseau fut incoporé à la nouvelle organisation. En tant que directrice de la section du Zegota consacrée aux enfants, Sendlerowa plaça plus de 2.500 enfants juifs dans les orphelinats, des couvents, des écoles, des hôpitaux et des familles. Elle fournit à chaque enfant un certificat de naissance et de baptême, lui créant ainsi une nouvelle identité. De plus, elle enregistra consciencieusement les vrais noms de ces enfants en se servant d’un code, ainsi que le lieu où ils se trouvaient, pour qu’après la guerre les parents qui auraient survécu puissent venir les récupérer. A l’automne 1943, elle fut arrêtée par la Gestapo et envoyée à la prison de Pawiak. Bien qu’elle fût soumise à de cruelles tortures qui la lassèrent infirme à vie, elle ne révéla rien de son réseau.

 

Actualité juive – 29.03.2007
Le Parlement rend hommage à la Juste, Irena Sendler

Pologne – Le Parlement a honoré, il y a quelques jours, une femme exceptionnelle, Irena Sendler, Juste parmi les Nations. Agée aujourd’hui de 97 ans, celle qui a sauvé des milliers d’enfants juifs vit dans une maison de retraite à Varsovie.

Session extraordinaire, il y a quelques jours au Parlement. Les membres du Sénat ont approuvé, à l’unanimité, une résolution louant les mérites d’Irena Sendler. Le président du pays, Lech Kacyzinskli avait adressé aux sénateurs un courrier dans lequel il précisait qu’Irena Sendler était une héroïne qui méritait le prix Nobel de la paix. Son pays l’avait d’ailleurs proposée cette année aux jurés de Stockholm. Qui n’ont pas été sensibles à cette suggestion.

Mais son histoire est indéniablement exemplaire. Qu’on en juge. 1942 : Irena Sendler met dans une ambulance quelques enfants juifs du ghetto de Varsovie et les fait passer à l’extérieur. A côté du chauffeur, elle a installé un chien qui aboie fort et cache de ce fait les pleurs des enfants. Au cours de la guerre, cette femme, hors de commun, va sauver 2.500 enfants juifs. Elle confiera, des années plus tard, à Marek Halter : « J’aurais pu faire plus. Ces regrets ne me quitteront jamais. » Elle est alors directrice d’un département du ministère de la Santé.

Dès le début de la guerre, elle a commencé à aider des Juifs. Elevée à Otwock (ville située à une vingtaine de km de Varsovie) où son père est médecin (et a beaucoup de Juifs parmi ses clients), elle se met au service de ceux qui sont en train de devenir des parias.

Elle commence par mettre sur pied une soupe populaire. Ensuite elle devient membre du réseau Zegota qui œuvre spécifiquement au sauvetage des Juifs. Au sein de ce réseau, sous le nom d’emprunt de Jolenta, elle fut chargée du sauvetage des enfants.

Ceux qu’elle a sauvés recevaient de faux papiers et étaient soit confiés à des familles chrétiennes soit envoyés dans des couvents. Mais, et c’est incontestablement là la grandeur d’une Juste, Sendler a noté les vrais noms des enfants sur des listes qui étaient placées dans des cruches en verre et enterrées. Dans l’espoir que, le moment venu, ces enfants puissent retrouver leurs parents.

En octobre 1943, elle a été arrêtée par la Gestapo. Torturée, elle a toujours refusé de livrer l’identité des enfants. Elle sera condamnée à mort par un tribunal nazi. Un réseau de résistance allait la libérer. Elle vécut cachée jusqu’à la fin de la guerre. Après la guerre, elle a travaillé au ministère de la Santé. Parce qu’elle avait été membre de la résistance nationale, elle fut l’objet de menaces par les communistes, mais rien ne lui est arrivé.

Elle a reçu, en 1965, la médaille des Justes.

                                                                                                                                  C.M.    

 

Hommage solennel de la Pologne à Irena Sendler, qui sauva 2500 enfants juifs

jeudi 15 mars 2007, www.armenews.com

La Pologne a rendu mercredi un hommage solennel à Irena Sendler, une Polonaise de 97 ans qui a sauvé 2.500 enfants juifs de Varsovie pendant la Seconde guerre mondiale, en les faisant sortir du ghetto mis en place par les nazis.
Irena Sendler, une ancienne assistante sociale aussi connue sous le nom de Sendlerowa selon l’ancienne coutume polonaise, avait été arrêtée et torturée en 1943 par la Gestapo, la police secrète nazie. Elle n’a échappé au peloton d’exécution que grâce à la corruption d’un officier allemand par la résistance polonaise.
"Irena Sendler est une héroine qu’il est tout a fait justifié de présenter comme candidate au Prix Nobel de la Paix", a affirmé le président Lech Kaczynski, lors d’une cérémonie au Sénat, en l’absence de Mme Sendler, à la santé fragile. Irena Sendler a reçu en 1965 le titre de Juste parmi les Nations, décerné par le mémorial israélien de l’Holocauste Yad Vashem. Elle figure parmi les 6004 Polonais, qui a ce jour, ont reçu le titre de Justes, sur un total de 21.758.
"Irena Sendler est le symbole de ces gens", a ajouté le président Kaczynski. "Ce sont des gens qui, en Pologne, dans différentes circonstances, mettant en danger leur propre vie, sauvaient des Juifs ou des personnes d’origine juive. Nous tous, toute la nation, nous devons leur rendre un grand hommage".
Une des survivantes, Elzbieta Ficowska, a lu à la tribune du Sénat une lettre de Mme Sendler, qui vit dans une maison de retraite de Varsovie.
"J’appelle tous les gens de bonne volonté à l’amour, la tolérance et la paix, pas seulement en temps de la guerre, mais aussi en temps de paix", a-t-elle dit, en remerciant les autorités pour l’hommage.

"Un demi-siècle s’est écoulé depuis l’enfer de l’Holocauste et son spectre continue de nous survoler et ne permet pas d’oublier la tragédie quand l’homme a déclaré que les hommes se répartissent en bons et mauvais, destinés à vivre et destinés à la mort".

 

VARSOVIE, 14 mars 2007 (AFP)
 La Pologne rend hommage à Irena Sendler qui sauva 2500 enfants juifs

 
    La Pologne a rendu mercredi un hommage solennel à Irena Sendler, une Polonaise de 97 ans qui a sauvé, au risque de sa vie, 2.500 enfants juifs de Varsovie pendant la Seconde guerre mondiale, en les faisant sortir du ghetto mis en place par les nazis. "Irena Sendler est une héroïne qu’il est tout a fait justifié de présenter comme candidate au Prix Nobel de la Paix", a affirmé le président Lech Kaczynski, lors d’une cérémonie au Sénat. Une pétition déjà signée par plus de 14.000 personnalités est en cours pour demander au Comité Nobel norvégien de distinguer la vieille dame.
     
Irena Sendler a déjà reçu en 1965 le titre de Juste parmi les Nations, décerné par le mémorial israélien de l’Holocauste Yad Vashem. Elle figure parmi les 6.004 Polonais, qui a ce jour, ont obtenu ce titre sur un total de 21.758. De santé fragile, Mme Sendler est restée dans sa maison de retraite à Varsovie. Mais elle a fait lire une lettre par une survivante, Elzbieta Ficowska, qu’elle a sauvée tout bébé en 1942.
"J’appelle tous les gens de bonne volonté à l’amour, la tolérance et la paix, pas seulement en temps de la guerre, mais aussi en temps de paix", a-t-elle dit.
Née le 15 février 1910, Irena Sendler s’est engagée très tôt en faveur des droits des juifs qui étaient trois millions à vivre en Pologne avant la guerre. Varsovie était alors l’une des principales métropoles juives du monde.
"J’ai été élevée dans l’obligation de sauver quelqu’un qui se noie, quelle que soit sa religion ou sa nationalité", a-t-elle raconté au site Internet polonais qui lui est consacré (www.dzieciholocaustu.pl).
Dès l’automne 1940, Irena Sendler a pris des risques considérables pour apporter de la nourriture, des vêtements ou des médicaments aux habitants du ghetto, que les occupants nazis avaient instauré dans un quartier de la capitale. Sur 4 km2, ils y avaient entassé près de 500.000 personnes.
En raison du manque de nourriture, beaucoup sont morts de faim ou de maladie. Les autres ont été gazés au camp de la mort de Treblinka. Une poignée de survivants ont mené au printemps 1943 une résistance héroïque avant que l’armée nazie ne rase complètement le quartier.
"Lorsqu’elle marchait dans les rues du ghetto, Sendler portait un brassard avec l’Etoile de David, à la fois par solidarité avec les juifs et par souci de ne pas attirer l’attention sur elle", souligne le mémorial du Yad Vashem.
A la fin de l’été 1942, elle a rejoint le mouvement de résistance Zegota, (Conseil d’aide aux juifs).
Elle a alors fait sortir clandestinement des enfants du ghetto qu’elle hébergeait dans des familles catholiques et des couvents.
Les enfants étaient cachés dans des valises, transportés par des pompiers ou des camions à ordure, ou simplement dissimulés sous les manteaux des personnes qui avaient le droit d’accès au ghetto comme Mme Sendler et son équipe d’assistantes sociales. Par précaution, elle notait soigneusement les noms des enfants et des familles sur des papiers qu’elle enterrait dans des bouteilles.
Elle fut arrêtée chez elle le 20 octobre 1943. Au quartier général de la Gestapo, ses tortionnaires lui brisèrent les pieds et les jambes. Mais elle ne parla pas. Condamnée à mort, elle fut miraculeusement libérée sur le chemin de l’exécution par un officier allemand que la résistance avait réussi à corrompre.

Elle continua la résistance sous une autre identité jusqu’à la libération. Après la guerre, elle travailla dans la supervision des orphelinats et des maisons de retraite. Elle pense toujours qu’elle n’est pas une héroïne. "Je continue d’avoir mauvaise conscience d’avoir fait si peu", dit-elle.

 

LE SOIR, 19.03.2007

La chronique

Lettre au Comité du Prix Nobel de la Paix

                                                                                                                     
                                                                                                                                 Pol Mathil

Comité du Prix Nobel de la Paix
Henrik Ibsen gate 51
NO-0255 Oslo
Norvège

 

Messieurs, je n’appartiens pas à la catégorie des citoyens autorisés à vous suggérer le choix des candidats au Prix Nobel de la Paix 2007 ; je sais d’ailleurs qu’il y a d’ores et déjà 140 noms sur cette liste et que je suis en retard par rapport à la date limite du dépôt des candidatures. Je crois néanmoins avoir de sérieuses raisons d’entamer ma démarche.

D’abord, vu l’état du monde, je constate que certains des anciens lauréats n’auraient jamais dû recevoir le Prix. Ensuite, comme l’a déclaré Alfred Nobel lui-même, ce prix doit être attribué « à ceux qui le méritent le plus » et je suis persuadée que ma candidate, car c’est une femme, mérité beaucoup plus que certaines personnes déjà couronnées.

Dès les premiers jours de l’occupation allemande en 1939, Irene Sendler s’est lancée dans l’action clandestine d’aide aux enfants abandonnés, qui étaient légion à Varsovie. Mais surtout, cette aide visait aussi les enfants qui fuyaient la terrible misère et, le plus souvent, la mort qui les attendait au ghetto de Varsovie – ce qui, dans la Pologne occupée par les nazis, était une opération particulièrement risquée.

Lié à Zegota (Commission clandestine polonaise d’aide aux Juifs), son groupe organisa le passage clandestin des enfants du Ghetto, prépara des faux papiers (des certificats de baptême) et plaça les enfants dans des familles d’accueil ou des orphelinats polonais. En 1943, elle fut arrêtée par la Gestapo, torturée et condamnée à mort. Zegota réussit à la sauver en achetant les gardiens de la prison.

Son bilan est unique, même en comparaison avec les actions d’envergure de la Liste de Schindler. Elle a contribué – exploit incroyable pour qui connaît la situation des Juifs en Pologne occupée – au sauvetage d’environ 2.500 enfants juifs, dont 2.000 ont été retrouvés et, quand c’était possible, rendus à leur famille.

Symbole de l’héroïsme de tous ceux qui ont résisté à la barbarie, incarnation de la meilleure partie de l’humanité, Irena Sendler a été, en 1965, honorés à Yad Vashem, à Jérusalem, recevant le titre de Juste parmi les nations. En 2003, elle a été décorée de l’Ordre de l’aigle blanc, la plus haute distinction civile polonaise. Elle vient, cette semaine, de recevoir en présence des survivants de « ses enfants », un hommage solennel du président de la République polonaise et du parlement polonais. Son message transmis au monde à cette occasion est un appel « à l’amour, la tolérance et la paix ».

Messieurs, je propose d’inscrire Irena Sendler sur la liste des candidats au Prix Nobel de la Paix. Son attribution honorerait Irena Sendler*, tous ceux qui ont agi comme elle et le Prix Nobel lui-même.

* Née Irena Krzyzanowska le 15 février 1910 à Varsovie, Irena Sendler a 97 ans.

 

JAN ZABINSKI ET SON EPOUSE ANTONINA

  Jan Zabinski et sa femme Antonina furent parmi les tout premiers Polonais reconnus comme des Justes par Yad Vashem. Lorsque les Allemands occupèrent Varsovie, Jan Zabinski était directeur du zoo. Ils le nommèrent également conservateur des parcs et jardins de la ville.A la suite des raids aériens allemands sur Varsovie en septembre 1939, la plupart des cages du zoo s’étaient vidées de leurs animaux. Au début des déportations de Varsovie en 1942, Zabinski décida d’utiliser les cages vides pour y cacher les Juifs qui tentaient de fuir le ghetto.Au cours des trois années qui suivirent, il offrit ainsi un abri temporaire à des centaines de Juifs. En même temps, il accueillit une vingtaine de Juifs dans sa maison de deux étages, située au milieu du zoo. Pendant la révolte d’août 1944, Zabinski, qui faisait partie de la Résistance, fut capturé par les Allemands et envoyé en Allemagne. Mais sa femme continua à aider les Juifs qui se cachaient dans les ruines de la ville.
     

 

 

  Jan Zabinski lors de la cérémonie à Yad Vashem

 

WLADYSLAW KOWALSKI

Wladyslaw Kowalski était un colonel retraité de l’armée polonaise au moment de l’invasion de la Pologne par les Allemands. Les forces d’occupation lui octroyèrent une certaine liberté de mouvement en tant que représentant à Varsovie de la compagnie néerlandaise Philips. Il en usa pleinement dans ses nombreuses tentatives pour sauver les Juifs. La première eut lieu en septembre 1940 quand il vit un jeune garçon juif, âge de dix ans, errer dans les rues de quartiers « aryens » de Varsovie. Il amena le garçon juif chez lui, lui donna à manger, lui fournit une carte d’identité et lui trouva un foyer permanent chez un de ses amis. En février 1943, après la première révolte juive dans le ghetto, Kowalski donna de l’argent aux gardes postés à l’entrée pour qu’il laisse sortir sept Juifs. Il leur trouva ensuite des refuges sûrs dans la partie « aryenne » de la ville. Au mois de novembre de cette même année, il aide une famille de quatre personnes vivant près d’Izbica – dont le ghetto était le point de départ des déportations vers le camp de la mort de Belzec –, il leur permit d’atteindre Varsovie où il leur trouva une cachette, une fois de plus chez un de ses amis.

Après la révolte du ghetto en avril 1943, Kowalski accueillit chez lui douze Juifs et acheta des matériaux pour qu’ils puissent se construire un abri souterrain. Les réfugiés fabriquaient des chevaux de bois que Kowalski parvenait ensuite à vendre en ville pour acheter de la nourriture et entretenir ses « hôtes ». Au moment de la révolte du ghetto en 1944, Kowalski transforma la cave d’un bâtiment en ruine en un abri où il se cacha avec quarante-neuf Juifs. Leur ration quotidienne se limitait à trois verres d’eau, une petite quantité de sucre et quelques pilules vitaminées. Ils restèrent là pendant cinq jours jusqu’à la Libération. Après la guerre, Kowalski épousa une des Juives qu’il avait sauvées, et ensemble ils émigrèrent en Israël.

 

Sources :

Martin GILBERT, Les Justes. Les héros méconnus de la Shoah, Paris, Calmann-Lévy, 2002.

 

 

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