JUSTES PARMI LES NATIONS DES PAYS-BAS
Au 1er janvier 2007, les citoyens néerlandais étaient les plus nombreux, à l’exception des Polonais, à avoir été honorés par Yad Vashem (4.767). Ce chiffre reflète de courage de nombreux individus dans une petite nation qui souffrait cruellement de l’occupation allemande, une nation qui entretenait une tradition de tolérance religieuse datant de son opposition à l’Inquisition et de l’accueil des milliers de Juifs chassés d’Espagne en 1942. Les efforts des Néerlandais pour sauver des Juifs étaient d’autant plus remarquables que le pays était dirigé directement depuis Berlin par un Reichskommissar et comptait parmi sa population un grand nombre d’éléments favorables à l’idéologie nazie. En conséquence, en comparaison des 50% de Juifs de Belgique qui parvinrent à trouver des cachettes, seuls 20% d’entre eux purent faire de même aux Pays-Bas et beaucoup –comme Anne Frank et sa famille – furent trahis. Sur les 140.000 Juifs qui vivaient aux Pays-Bas quand la guerre éclata, dont 20.000 réfugiés venus d’Allemagne et d’Autriche, 107.000 furent déportés et exterminés. (…) En raison de l’hostilité d’une partie de la population à l’égard des Juifs, il était beaucoup plus difficile de se cacher aux Pays-Bas qu’en Belgique par exemple, et le travail des sauveteurs n’en était que plus risqué.
(Source : Martin Gilbert, Les Justes. Les héros méconnus de la Shoah, Paris, Calmann-Lévy, 2004)
JOHANNES BOGAARD
Johannes Bogaard, fervent calviniste et fermier de profession à Nieuw Vennep, fut l’un des sauveurs les plus audacieux et les plus actifs. Vers la fin de 1941, alors que son père avait été brièvement emprisonné par la police pour avoir condamné publiquement la politique antisémite des Allemands, Johannes Bogaard décida de faire tout ce qui était en son pouvoir pour venir en aide aux Juifs. Il se rendit à Amsterdam, Rotterdam et dans d’autres villes pour ramener des Juifs dans sa ferme. Comme le nombre de réfugiés résidant à la ferme augmentait, il les dispersa dans celle de son frère et de ses amis calvinistes de la région. Au cours de ses nombreux voyages en ville, il se procura de l’argent, des cartes de rationnement et des papiers d’identité pour les Juifs cachés qui se faisaient passer pour des chrétiens. La famille Bogaard donna également asile à des membres de la Résistance dans une ferme à proximité, où se trouvaient plusieurs abris souterrains. Pour avoir sauvé la vie à des centaines de Juifs, Johannes Bogaard reçut, en 1963, le titre de Juste parmi les Nations.
LE VILLAGE DE NIEWLANDE
 Avec le Chambon-sur-Lignon, le village français dont la population a reçu le titre de Juste des Nations, la commune néerlandaise de Nieuwlande constitue l’autre remarquable exception, ayant reçu, dans son ensemble, la médaille de Juste. En effet, la loi n’autorise de décerner le titre de Juste qu’à des personnes nommément désignées. Dans le cas de Nieuwlande, l’ensemble de la population fut récompensé pour sa bravoure exceptionnelle durant la guerre. Tous les 117 habitants du village cachèrent chacun dans leur maison un Juif ou une famille juive. Arnold Douwes, le fils du pasteur du village, fut particulièrement actif dans le sauvetage des Juifs. Il fut recruté par Johannes Post, un fermier membre de la Résistance, et ensemble ils mirent sur pied un réseau de sauvetage des Juifs. Douwes contacta des familles juives d’Amsterdam et leur demanda lui confier leurs enfants pour les placer dans des endroits sûrs. Il emmena 120 enfants depuis Amsterdam jusqu’au village et les cacha chez les fermiers. Douwes en personne parcourait le village et, s’arrêtant devant chaque maison, il demandait aux habitants de prendre chez eux un enfant juif. Après avoir trouvé des abris pour les enfants, Douwes leur procura des cartes d’identité, des cartes de ravitaillement et de l’aide financière et médicale. Parmi les habitants du village, Dirke Otten et son mari cachèrent, dans leur maison, plus de 50 Juifs à la fois. En janvier 1945, Arnold Douwes fut arrêté et condamné à mort ; il fut sauvé in extremis par des membres de la Résistance, qui réussirent à le libérer. Après la guerre, Douwes épousa une des femmes juives qu’il avait sauvées et, ensemble, s’installèrent et vécurent en Israël. Arnold Douwes fut reconnu par Yad Vashem comme Juste des Nations en 1965.
Monument érigé à Yad Vashem, en 1988, en hommage aux villageois de Nieuwlande
LEENDERT OVERDUIJN (1901-1976)
Leendert Overduijn, un pasteur néerlandais, est connu pour avoir sauvé au moins 460 Juifs. Il dirigeait une organisation de secours comptant plus de 40 personnes de la ville d’Enschede, désireuses d’aider les Juifs à trouver des cachettes dans toute la région. Overduijn rendait souvent visite aux Juifs cachés, il leur apportait des tickets de rationnement et des nouvelles de leurs parents et amis, tandis que sa fille cherchait des endroits sûrs pour cacher des Juifs. Finalement, les autorités remarquèrent ses activités et le pasteur fur emprisonné pendant une longue période. Après la guerre, Overduijn refusa d’accepter des récompenses pour ses actions de sauvetage. En 1973, il fut reconnu comme Juste parmi les Nations.
EELKJE LENTINK-DE BOER
Eelkje Lentink-de Boer fut la première femme néerlandaise à avoir reçu le titre de Juste. Elle cacha 12 Juifs alors qu’elle vivait à Amsterdam pendant la guerre, et en aida beaucoup d’autres. Son mari fut arrêté, et Eelkje Lentink elle-même fut trahie et déportée dans le camp de concentration de Ravensbrück, où elle fut soumise à d’horribles expériences médicales qui lui laissèrent de graves séquelles pour le reste de sa vie.
AART ET JOHTE VOS
Aart et Johte Vos cachèrent plusieurs familles juives chez eux, dans la banlieue d’Amsterdam. On compta jusqu’à 36 Juifs qui se cachaient là en même temps. Ils avaient creusé un tunnel sous la maison, qui menait jusque dans les bois avoisinants et, chaque fois qu’on les prévenait d’une descente de la Gestapo, les Juifs fuyaient par le tunnel. Les Vos étaient prévenus par un de leurs amis, chef de la police néerlandaise locale. Tous les Juifs qui se cachèrent chez eux survécurent à la guerre.
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