Définition

 Reconnaissance

 Aide

 Statistiques

 Justes

 Enseignement

 Bibliographie

 

 

 

 

 

 


JUSTES PARMI LES NATIONS DE FRANCE

LE NOUVEL OBSERVATEUR – février 1994

DOSSIER :
« 1940 - 1945 : Ces inconnus qui ont sauvé des Juifs »

La France des Justes

Qui sont ces hommes et ces femmes de bien qui n’ont pas hésité à risquer la mort pour sauver des Juifs ?

Sodome et Gomorrhe furent détruites parce qu’il ne se trouva aucun Juste pour en assurer la survie, nous
dit la Genèse. Si les 320.000 Juifs de France n’ont pas tous péri pendant la Seconde Guerre mondiale,
c’est précisément parce que les Justes se dressèrent pour les sauver. 76.000 furent déportés, mais beaucoup
ont été épargnés grâce à l’action de ces gens admirables qui, n’étant pas juifs, risquèrent pour eux la mort. Leur existence laisse filtrer ainsi dans le sombre paysage de la collaboration – celui de « Chagrin et la Pitié »
ou de « la France de Vichy », de l’historien Paxton – un coin de lumière.

« Si les héros avaient été aussi nombreux, la quasi-totalité des Juifs européens ne seraient pas morts », dit Claude Lanzmann. Certes, mais ils furent un petit noyau, près de 6.000 officiellement recensés dans le monde, 1.107 à ce jour en France*, auquel il était temps de rendre hommage. Ce que vient de faire Lucien Lazare** avec « Le Livre des Justes » - Lucien Lazare qui est responsable à Jérusalem du département
français du mémorial Yad Vashem. « Ils ont rendu au monde sa raison de vivre », s’écrit-il. De son côté,
le romancier Marek Halter s’apprête à présenter au prochain Festival de Cannes, « Tzedek » (qui veut dire
en hébreu justice et charité), un document de quatre heures où ces gens témoignent : « J’ai fait ce film
parce que chacune des histoires est une leçon. »
Une leçon qu’il fallait d’urgence restituer dans la vérité. Bon nombre de ces sauveurs ne sont plus là pour raconter. Ceux qui survivent sont tous très âgés. Et déjà commencent à disparaître ceux qui, enfants alors, furent sauvés. Après un silence entretenu depuis près de cinquante ans, vient donc le temps de l’histoire. La nécessité de tout dire, pendant qu’il se trouve encore
des paroles pour se souvenir.

Qui étaient ces Justes ? Souvent de simples citoyens qui dans les villes, qui dans les campagnes, refusant la barbarie, n’ont pour la plupart obéi qu’à leur seule conscience. Parfois, certains fonctionnaires, prévenus
d’une rafle, n’ont eu qu’un rôle furtif mais essentiel. Combien se sont approchés dans la rue ou dans un magasin d’un homme ou d’une femme portant l’étoile jaune pour leur glisser à l’oreille : « Ne dormez pas
chez vous ce soir ! »
Ceux-là ont disparu sans laisser de trace. Il y eut aussi des concierges, des employés
de mairie, des postiers, des préfets régionaux et départementaux, des policiers, des gendarmes, des paysans. Certains parmi eux se sont contentés d’actions ponctuelles. Telle cette receveuse de PTT en Lozère qui avait reçu l’ordre d’intercepter le courrier d’un pasteur et l’en informa immédiatement. « Je le mettrai de côté,
lui a-t-elle dit, raconte Lucien Lazare, et le soir vous viendrez chez moi en prendre connaissance. J’enverrai au contrôle seulement le courrier anodin. » Ainsi le pasteur put se saisir de la lettre d’un
vieux monsieur qui lui écrivait : « Je sais que vous vous occupez de cacher des Juifs… » Et sa vie fut sauvée…

Bon nombre furent des « Justes ordinaires », comme la demoiselle des PTT. Mais d’autres n’hésitèrent pas,
au risque de leur vie, à héberger chez eux des enfants juifs promis à la déportation. Le rabbin Daniel Farhi,
qui office à la synagogue libérale du 15e arrondissement, se sait indissolublement lié à la famille Allenbach,
ces protestants de Besançon qui accueillirent sa sœur de 6 mois et lui-même âgé de 2 ans en décembre 1943. Outre le père et la mère, la famille était composée de quatre enfants de 17 à 25 ans, tous engagés dans la résistance. « Mammy, comment il l’appelle, m’a souvent raconté ce jour où m’ayant emmené faire
des courses avec elle, un soldat allemand venu en sens inverse s’est planté devant nous, a sorti son portefeuille et, nostalgique, a brandi la photo de son fils. Ce soldat m’a caressé la joue et a murmuré
"beau petit". Mammy tremblante répétait après : "Dire qu’il eût suffi qu’il devine la religion du
"beau petit" pour que nous ne rentrions jamais à la maison." »
Mais les sauveurs de Daniel Farhi et
de sa sœur n’ont pas seulement préservé leur vie : « Grâce à eux, une immense confiance en l’homme
m’a été donnée. Tout comme ce besoin très vif en moi de la nécessité d’un dialogue judéo-chrétien. »

Lucienne Clément de l’Epine fait partie, elle, de ces catholiques anonymes qui d’emblée ont refusé le silence
du Vatican et se sont insurgés contre le statut des Juifs promulgué par Pétain le 27 mars 1941. « Le droit
était de mon côté, contre les envahisseurs. »
Grâce à elle, 182 enfants ont échappé à la mort. Assistante sociale en avril 1942, elle avait été chargée par l’Union générale des Juifs de France de placer des enfants à
la campagne ; ce qu’elle fit en les disséminant dans trente communes de Sarthe. « J’ai été arrêtée deux fois, mais je n’ai jamais vu le danger. Je garde ce cette période un souvenir merveilleux. Chaque fois que j’arrivais à bicyclette chez les uns et chez les autres pour leur porter ce dont ils avaient besoin, une ribambelle d’enfants me faisaient fête. »

Denise Paulin, elle aussi, se faisait une fête et un devoir de sauver des Juifs. Infirmière, elle avait 23 ans au début de la guerre et était très croyante. Elle ne sait pas exactement combien de Juifs elle a protégés :
« Au moins quatre cents, six cents peut-être. Je n’ai qu’un regret, c’est de ne pas avoir sauvés davantage. Moi qui avais été si fière des valeurs morales de mon pays, quelle douleur insurmontable j’éprouvais devant tout ce qui se passait. » Grenobloise, installée au sein de la communauté des Sœurs de Sion, elle s’occupe dès septembre 1940 des réfugiés qui affluent, les cache, leur procure de faux papiers, de fausses cartes d’alimentation, organise leur passage en Suisse, cherche des lieux d’accueil pour les enfants, trouve de l’argent pour rémunérer les familles qui acceptent de les héberger : « Presque tout le monde se faisait payer, mais je veux rendre un hommage particulier aux paysans, dont certains ont été admirables. Il nous est même arrivé, lorsque nous n’avions pas d’autre solution, de dresser, avec la complicité du curé de la paroisse, le père Jaquet, un dortoir dans le grenier du clocher. La poussée a
été telle que le combat s’est naturellement organisé. »
Les parents de Denise habitaient à Chapareillan,
un village de l’Isère situé à 40 kilomètres de Chambéry. Dans leur jardin, ils ont enfoui des biens des Juifs traqués qui débarquaient chez eux : « Après la guerre, nous avons tout déterré et ils ont tout pris. Aucun de ceux que j’ai cachés n’a été pris. Moi non plus. J’ai toujours pensé que les difficultés sont faites
pour être vaincues. »
 Aujourd’hui, chaque jour cependant, Denise Paulin illumine sa foi en allant prier à l’église. Elle n’a pas oublié Germaine Ribière qui à la tête de son réseau. Ni le père Chaillet, fondateur de « Témoignage chrétien » et l’une des exceptionnelles figures du clergé entré spontanément dans la résistance. C’est à Grenoble qu’elle l’a rencontré. Bientôt, il allait éditer à Lyon, dans les Cahiers de « Témoignage »,
le célèbre : « France, prend garde de perdre ton âme ! », du père Fessard, qui sera la première voix
catholique à s’élever ouvertement contre Vichy.

Mais c’est dans les réseaux protestants, très tôt guidés dans leur action par le théologien allemand Karl Barth, que se sont le plus massivement mobilisés les sauveurs. Dès 1939, Barth, en effet, leur adressait une lettre
pour leur demander de résister au nazisme. Ainsi, le 14 juillet 1940, Roland de Pury, pasteur à Lyon, lance
un message en plein milieu de son office : « La France qui trahirait l’espoir que les opprimés mettent en elle ne serait plus la France. » Quant à René Nodot, secrétaire du Service Social des Etrangers sous Vichy, aidé de multiples complicités, il se trouve ainsi en charge d’un réseau qui, d’août 1942 à février 1943, réussit
à sauver plus de 3 000 personnes. « Je crois que cela vient, dira-t-il plus tard, du souvenir de notre passé de huguenots persécutés. » De son côté, le pasteur Marc Boegner, en dépit de ses sympathies pétainistes, écrira le 27 mars 1941 au grand rabbin Schwartz pour « exprimer sa douleur de voir une législation raciale introduite dans notre pays ». La lettre sera diffusée à des dizaines de milliers d’exemplaires.

Pendant ce temps, Madeleine Barot vient d’arriver de Rome où elle avait été archiviste à l’Institut français.
Son ancien patron, Jérôme Carcopino, a été nommé par Vichy ministre de l’Education nationale. Intime du pasteur Boegner, elle n’accepte pas plus que lui le « statut des Juifs » et a rejoint ses amis des mouvements
de jeunesse protestants. On l’alerte sur le fait que la direction du camp de Gurs, situé dans les Pyrénées-Atlantiques, livre des Juifs étrangers réfugiés aux autorités allemandes. 7.500 d’entre eux, infirmes, vieillards venant du pays de Bade sont en effet enfermés ici. Sur place, où elle s’est fait passer pour une infirmière, Madeleine Barot s’aperçoit que les ordres de déportation émanent directement de Pétain. Pour aider ceux
qui restent, avec la complicité de l’aumônier du camp, qui la fait passer pour sa femmes, elle réussit à s’implanter à l’intérieur, au milieu du malheur, installe un réseau sanitaire, se procure du lait pour enfants, parvient même au printemps 1942 à faire sortir des internés, qui sont immédiatement placés sous la responsabilité de la CIMADE (Comité InterMouvements auprès des Evacués) – ce réseau de Résistance protestant dont elle prendra bientôt la direction – et de l’abbé Glasberg. Puis elle trouve des maisons pour héberger des femmes enceintes, des vieillards, des enfants orphelins. Ces maisons ? Ce sont celles de Pomerols, de Vabres, de Chambon-sur-Lignon, le célèbre lieu de résistance cévenole où la communauté entière se mobilisa – communauté de Justes anonymes.

Madeleine Barot se souvient aussi de cette nuit à Vénissieux, dernier arrêt avant les camps d’extermination,
où furent sauvés 96 enfants juifs. Le pasteur Boegner avait fait une démarche auprès de Laval pour les faire libérer. Il avait évidemment échoué. Alors, en commando, des catholiques et des protestants dont elle faisait partie ont surgi dans le camp, avec la complicité des maquisards de la région qui avaient coupé l’électricité. Dans la nuit noire, ils ont ainsi emmené tous ceux que leurs parents ont bien voulu leur remettre. « C’était la terreur. Il fallait qu’en quelques secondes ils se séparent de leurs petits et nous les donnent alors qu’ils ne nous connaissaient pas. Ceux qui ont accepté de nous les confier, les ont sauvés. Je peux vous dire que les enfants pris en charge par le réseau protestant ont été les premiers à partir pour Israël. Les autres, je ne sais pas ce qu’ils sont devenus. »

Pourquoi ces Justes ont-ils estimé que la vie d’autrui avait priorité sur la leur ? Pourquoi n’ont-ils pas eu peur des camps d’extermination ? Denise Paulin : « Nous nous battions pour le prix de la vie. Chaque fois que je sauvais un Juif, c’est le corps du Christ que je sauvais. Depuis que j’avais appris l’histoire sainte, j’aimais le peuple d’Israël. Je ne sais pas si j’aurais eu autant de ferveur face à un autre peuple en danger. » Lucienne Clément de l’Epine : « La vie est pour tout le monde. » Madeleine Barot :
« Où étaient passés les Français ? Il n’était pas pensable de laisser exclure un peuple de l’humanité. »
Aujourd’hui les parents Allenbach sont morts, mais leurs propres enfants et Daniel Fahri témoignent pour eux : « Mammy, dit le rabbin, doutait qu’il y eût des sentiments humains de l’autre côté. » Et Jacques, l’un des fils d’ajouter : « Mes parents étaient de braves gens. La maison était naturellement ouverte à ceux qui étaient en difficulté. Nous nous sentions forts parce que nous faisions ce que nous devions faire. »
Pour tous, il s’agit donc d’un engagement « spontané », « naturel ». Si évident que certains ont refusé que
Yad Vashem leur décerne la Médaille des Justes. Lorsqu’il fut proposé aux enfants Allenbach de la recevoir pour leurs parents, la famille fut divisée. Jacques l’accepta parce qu’il était « fier pour eux » ; son frère Georges ne voulut pas en entendre parler, estimant que « papa n’aurait pas voulu. » Georges ne vint pas à
la cérémonie de remise de décoration.

Mais qu’en est-il maintenant de cet étrange couple sauveur-sauvé ? Pour les seconds, la reconnaissance, qui
se double parfois d’une volonté d’oubli, semble difficile à assumer. Certains enfants de la guerre ont choisi de mettre un voile sur le passé, abandonnant au désarroi ceux qui étaient venus à leur secours : « Après la guerre, constate Lucienne Clément de l’Epine, ce fut le trou noir. Je me réveillais toute la nuit, j’étais épuisée. Pendant huit ans, je n’ai eu aucune nouvelle de mes 182 enfants que, les uns après les autres, j’avais remis dans leur foyer lorsqu’il leur en restait un. Puis, petit à petit, une vingtaine, pas plus, se sont manifestés. Longtemps j’ai été déçue. Maintenant je fais avec cette ingratitude. Je voudrais aller en Israël, c’est un besoin pour moi. Mais je suis âgée, les forces me manquent. » Un beau jour pourtant, Lucienne avait vu surgir Henri Szpilberg qui, avec sa mère, l’avait cherchée partout en France. Henri, puis
dix-neuf autres qui lui sont restés fidèles et qui peuvent témoigner pour elle. Tandis que Denise Paulin ne parle pas « d’ingratitude » mais de « nécessaire éloignement ». Tandis que les enfants de Daniel Farhi jouent avec les derniers-nés Allenbach. La ronde de la mémoire englobe donc le passé et le présent. Ceux qui ont échappé à la Shoah portent presque tous en eux, qu’ils veuillent s’en souvenir ou non, la trace de ces hommes et de ces femmes de bien. Ainsi se marque l’Histoire.
                                  
                                                                                                           Nicole Leibowitz


* Cet article a été rédigé en 1994. A 1er janvier 2007, il existe, en France, 2.740 Justes parmi les Nations reconnus par Yad Vashem.

** Lucien Lazare, Le Livre des Justes, Lattès.

 

DOSSIER :
HOMMAGE  DE LA NATION AUX JUSTES DE FRANCE

Hommage que le Président de la République rendra au nom de la Nation aux Justes de France

Jeudi 18 janvier 2007 - Panthéon

Communiqué de presse

« Quiconque sauve une vie sauve l'Univers tout entier »
Phrase du Talmud gravée sur la médaille des Justes décernée par Yad Vashem.

Le Président de la République, sur proposition de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, présidée par Madame Simone Veil, a décidé de rendre hommage au nom de la Nation aux Justes de France qui ont, avec
la Résistance, incarné l'honneur de la France et la fidélité aux idéaux républicains pendant l'Occupation.

Cet hommage se situe dans la droite ligne de la déclaration du Président de la République de 1995, et de l'ensemble de ses actions pour la transmission de la mémoire de la Shoah et son inscription dans l'Histoire de France. Il répond également à la vocation de la Fondation de transmettre l'histoire et la mémoire de la Shoah,
y compris dans des aspects moins connus, comme l'action des Justes.

Les Justes de France

Le titre de « Justes parmi les nations » est décerné par le mémorial Yad Vashem de Jérusalem aux personnes ayant, pendant la Seconde Guerre Mondiale, sauvé des Juifs persécutés, au péril de leur vie. Outre ces « Justes parmi les nations », de nombreuses personnes en France ont apporté leur concours et sauvé des Juifs, sans qu'ils aient pu être reconnus et honorés par le mémorial de Jérusalem : c'est grâce à l'action de toutes ces femmes et de tous ces hommes que les trois-quarts des Juifs de France ont pu être sauvés.

En France, le terme de Juste a été officialisé dans la loi votée à l'unanimité en l'an 2000, faisant du 16 juillet, qui commémore la Rafle du Vel d´hiv des 16 et 17 juillet (1942), « la Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de
l'État français et d'hommage aux Justes de France ». Plus de 2 600 Justes ont été identifiés en France, à ce jour, grâce aux témoignages de ceux qui leur doivent la vie.
La cérémonie au Panthéon se déroulera le 18 janvier 2007.

RTER

 

Les Justes de France
Une initiative de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah

Madame Simone Veil, présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, a proposé au Président de la République, d'honorer la mémoire des Justes de France et de tous les Français grâce auxquels tant de Juifs
de France ont été sauvés, en les faisant entrer au Panthéon. M. Jacques Chirac a aussitôt fait sienne cette proposition, qui s'inscrit pleinement dans la lignée de sa déclaration du 16 juillet 1995, lors des cérémonies commémorant l'anniversaire de la grande rafle de 1942, et de l'ensemble de ses actions pour la transmission
de la mémoire de la Shoah et sa place dans l'Histoire de France.

C'est la première fois qu'un hommage est ainsi rendu à des hommes et des femmes non pas anonymes dans le monument symbole de la reconnaissance et des valeurs de la République. Cette proposition répond également à la vocation de la Fondation de transmettre l'histoire et la mémoire de la Shoah, jusque dans ses aspects moins connus, comme l'action des Justes.

ERRG

Les Justes de France

Les trois-quarts des Juifs de France ont survécu à l'occupation nazie en Europe entre 1939 et 1945, contrairement aux autres pays européens où les communautés juives ont été exterminées dans de très larges proportions (90 % en Pologne et dans les pays Baltes, 75 % aux Pays-Bas).

Beaucoup le doivent à des Français et des Françaises qui leur ont porté secours, en les hébergeant et en les cachant, parfois ponctuellement, au moment des rafles, parfois pendant toute la durée de la guerre : de nombreux enfants juifs ont ainsi été confiés à des familles françaises qui ont pris soin d'eux jusqu´à la fin de la guerre.

Les Justes de France

Les trois-quarts des Juifs de France ont survécu à l'occupation nazie en Europe entre 1939 et 1945, contrairement aux autres pays européens où les communautés juives ont été exterminées dans de très larges proportions (90 % en Pologne et dans les pays Baltes, 75 % aux Pays-Bas). Beaucoup le doivent à des Français et des Françaises qui leur ont porté secours, en les hébergeant et en les cachant, parfois ponctuellement, au moment des rafles, parfois pendant toute la durée de la guerre : de nombreux enfants juifs ont ainsi été confiés à des familles françaises qui ont pris soin d'eux jusqu´à la fin de la guerre.

L'appellation de « Juste parmi les nations » a été adoptée par l'État d'Israël, par une loi de 1953, pour désigner les personnes non juives qui ont pris des risques importants, mettant souvent leur vie en péril, pour secourir les Juifs voués à l'extermination par l'Allemagne nazie ; la France vient au 3e rang en ce qui concerne le nombre
de Justes, après la Pologne (5000 Justes) et les Pays-Bas. Le village du Chambon-sur-Lignon est la seule commune, avec celle de Niewlande aux Pays-Bas, à avoir reçu une médaille collective.

En France, le terme de Juste a été officialisé dans la proposition de loi votée à l'unanimité en l'an 2000, faisant du 16 juillet, qui commémore la Rafle du Vel d´hiv (1942), « la Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l'État français et d'hommage aux Justes de France ». Plus de 2600 Justes ont été identifiés en France, à ce jour, grâce aux témoignages de ceux qui leur doivent la vie, et ont reçu une médaille de l'Institut Yad Vashem, sur laquelle est gravée une phrase du Talmud : « Quiconque sauve une vie sauve l´Univers tout entier ».

En 2005, la Fondation pour la Mémoire de la Shoah a financé la réalisation de la Galerie du sauvetage et de
la Résistance, dans le nouveau musée de Yad Vashem à Jérusalem, qui accorde une place importante aux Justes et aux différents mouvements de Résistance en France. Par ailleurs, le Mémorial de la Shoah, auquel
la Fondation pour la mémoire de la Shoah apporte un soutien financier permanent, a réalisé une « allée des Justes » avec les noms des 2 693 Justes de France, à proximité du Mur des Noms, où sont gravés les noms des 76 000 juifs déportés de France. Ce « Mur des Justes », ainsi que l'exposition réalisée à cette occasion, ont été inaugurés le 14 juin 2006.

 

Hommage que le Président de la République rendra au nom de la Nation aux Justes de France

Pourquoi un hommage de la Nation

Les efforts des différentes institutions de mémoire et d'histoire ont permis de mieux faire connaître le rôle des Justes qui ont secouru des Juifs pendant la guerre. Toutefois, leur action et l'importance qu'ils ont eue dans le sauvetage des Juifs de France sont encore insuffisamment prises en compte, car ces milliers d'actions individuelles, menées en général par des Français « ordinaires », ont la plupart du temps été passées sous silence, la plupart du temps à cause de la modestie de leurs auteurs, et ce même au sein des histoires familiales. En effet, si les « Justes des Nations » sont officiellement reconnus comme tels par Yad Vashem, de nombreux autres Français, individuellement ou dans le cadre de réseaux de sauvetage, de maisons d'enfants, d'institutions, ont caché et sauvé des Juifs de l'extermination, souvent à la demande d'ailleurs des réseaux d'organisations juives de combat ou de sauvetage. Faire entrer ces « sauveteurs » au Panthéon est une façon de leur rendre hommage collectivement. Voilà pourquoi la Fondation a souhaité rendre un hommage à tous les « Justes », reconnus ou anonymes. Les Justes ne cherchaient pas les honneurs. Ils n'en sont que plus dignes. Ils ont agi « pour rien », « parce qu'il fallait le faire », disent-ils souvent. Rendre les honneurs de la Nation à des personnes le plus souvent modestes, anonymes, qui n'ont le sentiment que d'avoir obéi à leur conscience, représente non seulement un rempart contre l'oubli, mais un exemple d'humanité et de courage auquel chacun, individuellement, peut se référer. Il reste enfin l'immense gratitude de ceux qu'ils ont sauvés et qui leur doivent la vie.

Allocution de M. Jacques CHIRAC, Président de la République, à l’occasion de la cérémonie nationale en l’honneur des Justes de France 

 

Panthéon - Paris, le jeudi 18 janvier 2007



Monsieur le Premier ministre,
Monsieur le président du Sénat,
Monsieur le président de l’Assemblée nationale,
Mesdames et messieurs les ministres,
Messieurs les Premiers ministres,
Mesdames et messieurs les parlementaires,
Madame la présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, chère Simone Veil, à qui nous devons cette cérémonie,
Monsieur le président de Yad Vashem,
Monsieur le Grand Rabbin de France,
Mesdames et messieurs,

Il y a 65 ans, dans l’Europe presque entièrement asservie, la barbarie nazie décide l’exécution de la solution finale. Une idéologie effroyable fait régner la terreur : une idéologie raciste, fondée sur cette croyance
criminelle et folle selon laquelle certains hommes seraient par nature "supérieurs" à d’autres. Et cela, au cœur d’un continent qui se considère comme l’aboutissement même de la civilisation.

Innombrables sont celles et ceux que les nazis condamnent à mort a priori, à cause de leur origine, comme
les Tziganes, à cause de leurs convictions religieuses ou politiques, de leurs préférences sexuelles, ou de leur handicap. Mais c’est contre les Juifs que se déchaîne avec le plus de cruauté et de violence systématique la folie nazie. Ce sont eux qui payent le tribut le plus effrayant : six millions d’êtres humains assassinés dans des conditions inexprimables. La quasi-disparition des Juifs d’Europe. La Shoah.

Comme dans un cauchemar, l’Occident se trouve renvoyé aux temps les plus noirs de la barbarie. À travers
la destruction des Juifs, c’est au fond toute la civilisation judéo-chrétienne, toute la civilisation européenne, vieille de plusieurs millénaires, qu’Hitler veut abattre : l’invention à Athènes de la démocratie, l’éclosion à Rome d’une civilisation fondée sur le droit, le message humaniste des Lumières du XVIIIe siècle.

En France même, le pays des Lumières et des droits de l’Homme, le pays où tant de grands hommes se sont levés pour l’honneur du capitaine Dreyfus, le pays qui a porté Léon Blum à la tête du gouvernement, en France, un sombre linceul de résignation, de lâcheté, de compromissions recouvre les couleurs de la liberté,
de l’égalité et de la fraternité. Le pouvoir de Vichy se déshonore, édictant de sa propre initiative, dès le 3 octobre 1940, le sinistre Statut des Juifs, qui les exclut de presque toutes les fonctions. Les Juifs de France sont d’autant plus stupéfaits de cet antisémitisme d’État que leur pays est celui qui le premier en Europe, dès 1791, leur a accordé les droits des citoyens. Ils aiment leur pays avec passion. Ils se sont battus pour lui, comme Marc Bloch et tant d’autres, en 1914 ou en 1939 : soudain, devant leurs yeux incrédules, la République abdique, rend les armes à Pétain et à Laval, cède la place à une clique revancharde et haineuse.

Voilà 65 ans, en France, il y a la honte du premier convoi de déportation, le 27 mars 1942. Il y a l’ordonnance allemande du 7 juin et l’ignominie de l’étoile jaune. Il y a le crime irréparable du Vel d’Hiv’, les 16 et 17 juillet. Il y a, du 26 au 28 août, la rafle de milliers de Juifs étrangers en zone libre.

Mesdames et Messieurs,

Il y a les ténèbres. Mais il y a aussi la lumière. La France affamée, terrorisée, coupée en deux par la ligne de démarcation, est étourdie par l’ampleur de la défaite. Mais très vite, des voix s’élèvent. Dès le 11 novembre 1940, de Gaulle écrit de Libreville au Congrès juif mondial que le statut des Juifs n’aura aucune validité dans
la France libre. Il fustige la violation, par Vichy, je le cite : "des principes de liberté et de justice égale, sur lesquels la République française était fondée". Puis, dans le pire effondrement de notre histoire, alors même que la Wehrmacht semble encore invincible, des Françaises et des Français en très grand nombre vont
montrer que les valeurs de l’humanisme sont enracinées dans leurs âmes. Partout, ils accueillent, cachent, sauvent au péril de leur vie des enfants, des femmes, des hommes, persécutés parce qu’ils sont Juifs. Dans ce cauchemar éveillé que les Juifs vivent depuis 1940, la France, leur France, à laquelle ils ont cru si intensément, n’a pas tout à fait disparu. Dans les profondeurs du pays, une lueur d’espoir se fait jour. Elle est fragile, vacillante. Mais elle existe.

Il y a cette secrétaire de mairie qui fournit des papiers à des familles juives, et convainc les habitants du village de partager leurs tickets d’alimentation : le courage d’une seule personne a cristallisé la générosité de tous.
Il y a ce couple d’hôteliers qui trouve sur le pas de sa porte un homme échappé d’une rafle, affamé et épuisé : ils l’hébergent pendant deux de ces années terribles. Il y a ce boulanger qui reconnaît un adolescent arrêté et avertit la direction de son école : prévenu, un officier de gendarmerie, membre de la Résistance, libère le jeune homme. Grâce à cette chaîne humaine de solidarité et de courage, une vie est sauvée. Il y a ce professeur de latin qui, jusqu’au bout, tente de protéger l’élève qu’il a présenté au concours général. Il y a cette concierge
qui entend le crissement des freins des camions allemands, et fait le tour très rapidement des occupants juifs
de son immeuble pour leur dire surtout de rester silencieux derrière leurs portes closes, et les sauve ainsi de
la déportation. Il y a le pasteur Trocmé, qui entraîne avec lui, dans l’accueil de centaines de Juifs en fuite, tout un village, tout un plateau de Haute-Loire : Le Chambon-sur-Lignon, dont le nom résonne aujourd’hui, et
pour toujours, dans nos cœurs. Il y a ces sœurs qui abritent, dans leurs couvents, dans leurs pensionnats, des enfants juifs. Il y a ces curés savoyards, devenus par la force des choses passeurs professionnels, qui emmènent les réfugiés de l’autre côté de la frontière. Il y a ce général commandant une région militaire qui refuse de prêter sa troupe pour surveiller l’embarquement de déportés, ce qui lui vaut une révocation immédiate. Il y a tous ces paysans, que nous a montrés avec tant d’émotion Agnès Varda, qui accueillent, aiment et protègent de si nombreux enfants.

Il y en a tant et tant d’autres, dans toutes les classes sociales, dans toutes les professions, de toutes les convictions. Des milliers de Françaises et de Français, qui sans s’interroger, font le choix du bien. Quel courage, quelle grandeur d’âme il leur a fallu ! Tous connaissaient les risques encourus : l’irruption brutale de
la Gestapo. L’interrogatoire. La torture. Parfois même, la déportation et la mort.

Certains furent reconnus Justes parmi les nations. D’autres resteront anonymes, soit qu’ils aient laissé leur vie en aidant l’autre, soit que, dans leur modestie, ils n’aient même pas songé à faire valoir leurs actes. Certains sont ici aujourd’hui, ainsi que celles et ceux qu’ils ont sauvés. Je les salue tous, avec un infini respect. En France, grâce à cette solidarité agissante, selon le beau mot de Serge Klarsfeld, les Justes ont contribué à protéger les trois quarts de la population juive d’avant-guerre de la déportation, c’est-à-dire d’une mort presque certaine : sur plus de 75 000 déportés, seuls revinrent quelque 2 500 survivants. Et après quelles souffrances indicibles : vous pouvez en témoigner, chère Simone Veil, vous dont le courage, en toute circonstance, est un exemple pour la France. La majorité des Juifs assassinés ont été livrés aux Allemands
par Vichy et par les collaborateurs. Mais la plupart des Juifs sauvés le furent par des Français.

Aujourd’hui, pour cet hommage de la nation aux Justes de France, reconnus ou anonymes, nous sommes rassemblés pour évoquer notre passé, mais aussi pour enrichir notre présent et notre avenir. "Quiconque sauve une vie sauve l’univers tout entier", dit le Talmud, devise qui d’ailleurs orne la médaille des Justes. Il faut en comprendre toute la force : en sauvant une personne, chaque Juste a en quelque sorte sauvé l’humanité.
Cette mémoire, soyez-en certains, soyez-en fiers, elle perdurera de génération en génération.

Par ce geste, vous nous incitez aussi à interroger notre conscience. Qu’est-ce qui fait que, confronté à un
choix crucial, quelqu’un agit selon son devoir, c’est-à-dire en considérant l’autre pour ce qu’il est, une personne humaine avant tout ? Pour certains Justes, c’est une question de conviction religieuse, et ceux-là,
n’en doutons pas, entendent le message de l’Église dans sa vraie vérité. D’autres, parfois les mêmes, appartiennent à des groupes longtemps opprimés, comme les protestants, ou sont viscéralement hostiles à la politique de Vichy pour des raisons notamment politiques. Mais, pour tous, c’est une réaction venue du plus profond du cœur, expression la plus haute de ce que l’on nomme la charité.

Toutes et tous, ils ont eu, vous avez eu le courage de voir et de comprendre la détresse avec les yeux du cœur. Ce courage anime Monseigneur Saliège, archevêque de Toulouse, qui a été pour beaucoup dans la prise de conscience des catholiques de France. Infirme, reclus dans son palais épiscopal, il sait pourtant rendre concrètes, dans son admirable lettre pastorale, les souffrances injustifiables endurées par des êtres coupables du seul crime d’être nés. Ce courage de voir et de comprendre avec les yeux du cœur, on le trouve partout : chez ce voisin d’immeuble, que l’on connaît à peine et qui, sans poser de question, accueille votre famille
alors que la milice frappe aux portes.

Vous, Justes de France, vous avez transmis à la nation un message essentiel, pour aujourd’hui et pour demain : le refus de l’indifférence, de l’aveuglement. L’affirmation dans les faits que les valeurs ne sont pas des principes désincarnés, mais qu’elles s’imposent quand une situation concrète se présente et que l’on sait ouvrir les yeux.

Plus que jamais, nous devons écouter votre message : le combat pour la tolérance et la fraternité, contre l’antisémitisme, les discriminations, le racisme, tous les racismes, est un combat toujours recommencé. Si l’antisémitisme s’est déchaîné dans les années 1930-1940, c’est faute d’avoir été condamné avec la fermeté nécessaire à cette époque. C’est parce qu’il a été en quelque sorte toléré comme une opinion parmi d’autres. Telle est la leçon de ces années noires : si l’on transige avec l’extrémisme, il faut bien le mesurer, on lui offre
un terreau pour prospérer, et tôt ou tard on en paye le prix. Face à l’extrémisme, il n’y a qu’une attitude : le refus, l’intransigeance. Et c’est aussi sans merci qu’il faut lutter contre le négationnisme, crime contre la vérité, perversion absolue de l’âme et de l’esprit, forme la plus ignoble, la plus abjecte de l’antisémitisme.

Mesdames et Messieurs,

Les Justes ont fait le choix de la fraternité et de la solidarité. Ils incarnent l’essence même de l’homme : le libre arbitre. La liberté de choisir entre le bien et le mal, selon sa conscience. À tous, en ce lieu où elle honore ses grands hommes, la nation rend aujourd’hui le témoignage de son respect et de son estime. Vous incarnez
aussi la France dans ce qu’elle a de plus universel, dans la fidélité aux principes qui la constituent. Grâce à vous, grâce à d’autres héros à travers les siècles, nous pouvons regarder la France au fond des yeux, et notre histoire en face : parfois, on y voit des moments profondément obscurs. Mais on y voit aussi et surtout le meilleur et le plus glorieux. Notre histoire, il faut la prendre comme un bloc. Elle est notre héritage, elle est notre identité. C’est à partir d’elle, et en traçant de nouveaux chemins, que nous pouvons nous engager tête haute dans les voies de l’avenir. Oui, nous pouvons être fiers de notre histoire ! Oui, nous pouvons être fiers d’être Français !

Ce que nous enseignent aussi l’effondrement de la République en juin 1940, l’illusion tragique du recours à Pétain et le déshonneur de Vichy, c’est à quel point une nation est fragile. Dans le confort de nos certitudes d’aujourd’hui, beaucoup ont le sentiment que la France est éternelle, que la démocratie est naturelle, que la solidarité et la fraternité peuvent se résumer au système de sécurité sociale. Dans une société qui, malgré ses difficultés, est prospère et stable, l’idée du bonheur semble trop souvent se ramener à la satisfaction de besoins matériels. Nous devons entendre votre message. Une nation, c’est une communauté de femmes et d’hommes solidaires, liés par des valeurs et un destin communs. Chacun est dépositaire d’une parcelle de la communauté nationale, et celle-ci n’existe que si chacun s’en sent profondément responsable. À un moment où montent l’individualisme et la tentation des antagonismes, ce que nous devons voir, dans le miroir que nous tend le visage de chaque être humain, ce n’est pas sa différence, mais c’est ce qu’il y a d’universel en lui. À ceux qui s’interrogent sur ce que c’est d’être Français, à ceux qui s’interrogent sur ce que sont les valeurs universelles de la France, vous, les Justes, avez apporté la plus magnifique des réponses, au moment le plus noir de notre histoire.

Et au nom de la France, au nom de la nation tout entière, je m’incline aujourd’hui devant vous avec respect et reconnaissance.

 

Discours de Madame Simone Veil
Présidente de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah

 

Cérémonie du Panthéon en hommage aux Justes de France
18 janvier 2007


Monsieur le Président de la République,

Mesdames et Messieurs les Justes de France, c’est à vous que mon propos s’adresse ; à vous tous qui nous entourez ainsi qu’à ceux qui n’ont pu se joindre à nous ; à vous aussi qui avez aidé à sauver des juifs sans chercher à obtenir cette reconnaissance. Au nom de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, au nom de tous ceux qui vous doivent la vie, je viens ce soir vers vous, pour vous exprimer notre respect, notre affection, notre gratitude.

On ne saura jamais exactement combien vous êtes. Certains sont morts, sans juger utile de se prévaloir de ce qu’ils avaient fait. D’autres ont cru être oubliés de ceux qu’ils avaient sauvés. D’autres enfin ont même refusé d’être honorés, considérant qu’ils n’avaient fait que leur devoir de Français, de chrétiens, de citoyens, d’hommes et de femmes envers ceux qui étaient  pourchassés pour le seul crime d’être nés juifs. Certains Français se plaisent à flétrir le passé de notre pays. Je n’ai jamais été de ceux-là. J’ai toujours dit, et je le répète ce soir solennellement, qu’il y a eu la France de Vichy, responsable de la déportation de soixante-seize mille juifs, dont onze mille enfants, mais qu’il y a eu aussi tous les hommes, toutes les femmes, grâce auxquels les trois quarts des Juifs de notre pays ont échappé à la traque. Ailleurs, aux Pays Bas, en Grèce, 80% des Juifs ont été arrêtés et exterminés dans les camps. Dans aucun pays occupé par les nazis, à l’exception du Danemark, il n’y a eu un élan de solidarité comparable à ce qui s’est passé chez nous.

Vous tous, les Justes de France auxquels nous rendons hommage aujourd’hui, vous illustrez l’honneur de notre pays qui, grâce à vous, a retrouvé le sens de la fraternité, de la justice et du courage. Voilà plus de soixante ans, vous n’avez pas hésité à mettre en péril la sécurité de vos proches, à risquer la prison et même la déportation. Pourquoi ? Pour qui ? Pour des hommes,
des femmes et des enfants que, le plus souvent, vous ne connaissiez même pas, qui ne vous étaient rien, seulement des hommes, des femmes et des enfants en danger.

Pour la plupart, vous étiez des Français « ordinaires ». Citadins ou ruraux, athées ou croyants, jeunes ou vieux, riches ou pauvres, vous avez hébergé ces familles, apporté réconfort aux adultes, tendresse aux enfants. Vous avez agi avec votre coeur parce que les menaces qui pesaient sur eux vous étaient insupportables. Vous avez obéi sous le coup d’une exigence non écrite qui primait toutes les autres. Vous n’avez pas cherché les honneurs. Vous n’en êtes que
plus dignes.

Je tiens ce soir à vous remercier, Monsieur le Président de la République d’avoir publiquement reconnu la responsabilité de l’Etat dans les lois scélérates de Vichy. A vous remercier aussi d’avoir, sans faille, à maintes reprises, rappelé l’action exemplaire, courageuse et fraternelle des Français, dont certains vous entourent ici
ce soir.

Face au nazisme qui a cherché à rayer le Peuple juif de l’Histoire des hommes et à effacer toute trace des crimes perpétrés, face à ceux qui, aujourd’hui encore, nient les faits, la France s’honore, aujourd’hui, de graver de manière indélébile dans la pierre de son histoire nationale, cette page de lumière dans la nuit de la Shoah. Les Justes de France pensaient avoir simplement traversé l’Histoire. En réalité, ils l’ont écrite. De toutes les voix de la guerre, leurs voix étaient celles que l’on entendait le moins, à peine un murmure, qu’il fallait souvent solliciter. Il était temps que nous les entendions. Il était temps que nous leur exprimions notre reconnaissance.

Pour nous qui demeurons hantés par le souvenir de nos proches, disparus en fumée, demeurés sans sépulture, pour tous ceux qui veulent un monde meilleur, plus juste et plus fraternel, débarrassé du poison de l’antisémitisme, du racisme et de la haine, ces murs résonneront désormais et à jamais de l’écho de vos voix, vous les Justes de France qui nous donnez des raisons d’espérer.

 

Jacques Chirac fait entrer les Justes au Panthéon et invite la France à regarder son histoire "en face"

LE MONDE, 18.01.07

ERERR
Après André Malraux en 1996 et Alexandre Dumas en 2002, Jacques Chirac fait entrer les Justes de France au Panthéon, à Paris, jeudi 18 janvier. Cet hommage solennel de la nation aux Français qui ont sauvé des milliers de juifs pendant la seconde guerre mondiale lui a été proposé, il y a un peu plus d'un an, par Simone Veil, présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah - et immédiatement accepté par le président.

Le chef de l'Etat achève ainsi le travail de mémoire qu'il a engagé dès 1995, en reconnaissant pour la première fois " les fautes commises par l'Etat", à l'occasion de l'anniversaire de la rafle du Vélodrome d'hiver du 16 juillet 1942, au cours de laquelle 12 884 juifs furent arrêtés, avant d'être exterminés pour la plupart dans les camps nazis. " La France, ce jour-là, accomplissait l'irréparable", avait lancé M. Chirac. Le discours avait fait date. Aujourd'hui, "il tourne définitivement la page de Vichy", commentent ses conseillers.

En cette fin de quinquennat, après des voeux où le président a beaucoup parlé de la France et de son avenir,
il ne situe pas son message dans la repentance. Il veut exalter la fierté d'une histoire commune, dont les Justes, notamment, ont montré le chemin : "Vous (les Justes) incarnez la France dans ce qu'elle a de plus universel, dans la fidélité aux principes qui la constituent. Grâce à vous, grâce à d'autres héros à travers les siècles, nous pouvons regarder la France au fond des yeux et notre histoire en face", devait déclarer M. Chirac.

RERARE

Une citation qui ne doit rien au hasard, car
il connaît ses classiques. C'est l'ancien candidat Valéry Giscard d'Estaing, qui voulait, lui aussi, en 1974 "regarder la France au fond des yeux". On fait semblant de croire, à l'Elysée, qu'il n'y a "pas pensé".

C'est une histoire assumée en totalité, le travail de mémoire ayant été accompli, que M. Chirac devait évoquer à travers l'exemple des Justes : "Parfois, on y voit des moments profondément obscurs. Mais on y voit aussi le meilleur et le plus glorieux.

Notre histoire, il faut la prendre comme un bloc. Elle est notre héritage, elle est notre identité." Sur cette identité historique, et malgré les crises permanentes ou ponctuelles traversées par le pays, se construisent, à
ses yeux, l'avenir et la fierté d'être français. "C'est à partir (de l'histoire) et en traçant de nouveaux chemins que nous pouvons nous engager, la tête haute, dans les voies de l'avenir. Oui, nous pouvons être fiers de notre histoire ! Oui, nous pouvons être fiers d'être Français !", devait-il avancer, cohérent avec sa croisade contre
le pessimisme et la thèse du déclin.

A travers ces héros ordinaires qui pensaient, toutes origines et milieux confondus, n'accomplir que leur devoir, M. Chirac voit enfin un message universel : "A un moment où montent l'individualisme et la tentation des antagonismes, ce que nous devons voir, dans le miroir que nous tend le visage de chaque être humain, ce
n'est pas sa différence, mais ce qu'il y a d'universel en lui", devait-il souligner.

A l'heure aussi où les Européens se divisent sur l'opportunité d'une législation commune contre le négationnisme, et où se crée, au Parlement européen, un groupe d'extrême droite, présidé par Bruno Gollnisch, délégué général du Front national, actuellement jugé pour "contestation de l'existence de crime contre l'humanité", M. Chirac devait avoir des mots très durs contre le négationnisme, ce "cancer de la pensée". Ce projet législatif européen, soutenu par les Allemands, n'a, pour l'instant, suscité qu'une réaction prudente du nouveau président du Parti populaire européen, Joseph Daul (UMP), chiraquien et désormais sarkozyste, qui dit devoir " consulter ses vingt-sept délégations nationales".

Pour M. Chirac, la boucle historique est bouclée et le combat pour les valeurs, jusqu'au bout, livré. L'hommage aux Justes protestants du Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire), celui solennel de la nation au capitaine Dreyfus, celui aux anciens combattants africains et maghrébins jalonnent ce parcours. Tout comme l'évocation de Pétain, "vainqueur de Verdun" et porteur du "déshonneur de la collaboration", ou la reconnaissance de la "tache indélébile" que fut l'esclavage. Le travail de mémoire sur la colonisation, reste,
lui, à achever.

 

Béatrice Gurrey

2 740 Justes français reconnus par le mémorial Yad Vashem

Le titre de "Juste parmi les nations" est attribué par le mémorial Yad Vashem de Jérusalem, créé en 1953, à des personnes ayant sauvé des juifs au péril de leur vie. Une commission examine les dossiers qui doivent comporter plusieurs témoignages. "La plupart du temps, (les Justes) n'ont pas voulu que l'on sache. Ils estimaient que c'était normal", souligne Simone Veil, présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, qui donne le chiffre de 2 740 Justes reconnus à ce jour en France. C'est dans l'Hexagone que le plus grand nombre de juifs a été sauvé, rappelle aussi l'ancienne déportée, "grâce à la population". L'Elysée avait envisagé le transfert au Panthéon des cendres d'un seul Juste au nom de tous les autres, puis a opté, avec Mme Veil pour une inscription collective. L'ancienne ministre, qui doit prononcer une allocution avant celle du président, commente ainsi les deux films tournés par la cinéaste Agnès Varda pour la cérémonie qui resteront en place jusqu'au 21 janvier : "J'avais peur que ce soit intello, mais c'est magnifique, très émouvant."


Communiqué de la Présidence de la République concernant la nomination dans l’Ordre de la Légion d’Honneur des "Justes de France"- promotion Pâques 2007 

PRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE

Paris, le 6 avril 2007

Communiqué

Après avoir rendu hommage aux "Justes de France" au Panthéon, le 18 janvier 2007, le Président de la République a souhaité honorer les Françaises et les Français reconnus comme Justes parmi les nations en les nommant, à l’occasion de la promotion de Pâques 2007, dans l’Ordre de la Légion d’honneur.

En contribuant, aux heures les plus sombres de notre histoire, à sauver les trois quarts des Juifs de France de
la déportation, et donc d’une mort presque certaine, ces femmes et ces hommes ont incarné les valeurs qui fondent la nation et la République. Ils font profondément honneur à la France.

 Timbre en honneur des Justes parmi les Nations de France

La République française ayant décidé d'honorer les Justes de France par l'apposition d'une plaque commémorative au Panthéon, La Poste a choisi de s'associer à cet hommage par un timbre correspondant à cet événement.

RTGGT  

« En hommage aux Justes de France »

 

LE CHAMBON-SUR-LIGNON

GTEGRET
La commune du Chambon-sur-Lignon et le plateau Vivarais-Lignon détiennent une place exceptionnelle dans l’histoire du sauvetage des Juifs de France. La population de Chambon, à forte majorité protestante, resta attachée aux principes de laïcité et d’égalité, et devint, dès lors, moins vulnérable à la propagande antisémite qui sévissait en France.Elle prodigua une aide immense à des centaines de Juifs, en donnant abri à de nombreuses familles réfugiées.

Le pasteur André Trocmé refusa de fournir aux gendarmes la liste des Juifs cachés au Chambon et demanda à ses paroissiens de respecter le droit d’asile institué par la Bible pour les innocents persécutés. La commune fut également la base de départ d’une filière de passage illégal de la frontière suisse. En signe de reconnaissance envers le courage et la solidarité de toute une communauté, Yad Vashem a décerné dans ce cas unique, en 1988, le titre de Juste des Nations à l’ensemble de la population.
Stèle d’hommage érigée au Mémorial Yad Vashem

 

ANDRE TROCME et MAGDA TROCME

André Trocmé devint pasteur de la communauté protestante de Chambon-sur-Lignon en 1934. Son attitude, ainsi que celle de son confrère, le pasteur Edouard Theis, et celle du maire, le pasteur Charles Guillon, ont permis de faire de Chambon et des autres villages des alentours un havre pour des centaines de Juifs – enfants ou familles entières – qui y ont trouvé refuge et ont survécu à la guerre. L’épouse du pasteur, Magda Trocmé, l’assista dans cette tâche. Avec d’autres, elle se chargeait de trouver des familles d’accueil et encourageait les pensionnats de la ville à ouvrir leurs portes aux Juifs. Ni les pressions exercées par les autorités, ni les nombreux contrôles de la gendarmerie n’affaiblirent la détermination de ces personnes.En février 1943, le pasteur fut arrêté avec deux de ses collègues, le pasteur Edouard Theis et un enseignant, Roger Darcissac. Tous trois furent internés dans un camp près de Limoges, où ils restèrent trois semaines.

emis en liberté, André Trocmé dut passer en clandestinité, continuant à œuvrer en faveur des persécutés. Le pasteur André Trocmé et son épouse Madga reçurent le titre de Juste des Nations en 1971. Yad Vashem décerna également le titre de Juste à Edouard Theis et son épouse, Mildred, en 1981, à Roger Darcissac, en 1988, et au pasteur Charles Guillon, en 1991.  

 

DANIEL TROCME

G5RGRGR
Daniel Trocmé, neveu du pasteur André Trocmé, accepta, à la demande de son oncle, de venir à Chambon-sur-Lignon prendre la direction des Grillons, un pensionnat qui avait été créé par l’organisation des Quakers américains, The Americans Friends Service Committe, pour abriter des enfants juifs. Il se dédia corps et âme à la protection et au bien-être des écoliers du pensionnat. En juin 1943, la Gestapo fit une descente aux Grillons et demanda à voir le directeur. Bien qu’il aurait pu s’enfuir, Daniel Trocmé rejoignit ses élèves juifs. Il fut emmené avec 18 de ses étudiants à la prison de Moulin, puis déporté à Dora et Majdanek. En avril 1944, Daniel Trocmé périt dans les chambres à gaz de ce dernier camp. Yad Vashem lui a décerné, en 1976, le titre de Juste parmi les Nations.

 

LE PASTEUR MARC BOEGNER (1881-1970)

En mai 1941, le pasteur Marc Boegner, président de la Fédération protestante de France, fut le premier dirigeant religieux français de premier plan à condamner, clairement et officiellement, la législation antisémite du régime de Vichy. En 1940, il avait pris la tête de CIMADE, une organisation protestante de secours qui cherchait à aider les Juifs internés dans les camps d’internement en France. Il encouragea les pasteurs protestants et leurs fidèles à sauver des Juifs, et son prestige considérable donna du poids à cette attitude courageuse.Grâce à lui, des communautés protestantes cachèrent des milliers de Juifs, surtout à Lyon, au Chambon-sur-Lignon et dans les départements de l’Ardèche, la Lozère, le Gard, l’Aveyron, le Drôme et le Tarn. Beaucoup d’autres Juifs réussirent à passer clandestinement en Suisse avec l’aide de pasteurs protestants, qui avaient entendu l’appel de Marc Boegner.
GRG5RGR

Dans tous ses rapports officiels, il condamnait la politique antisémite du régime et se battait pour l’annulation des décrets antijufs. Dès l’été 1941, l’hebdomadaire antisémite Au Pilori prit le pasteur pour cible et demanda qu’il soit traîné en justice pour ses prises de position. Pour son action courageuse en faveur des Juifs, le pasteur Boegner risquait sa vie et sa liberté, comme les autres pasteurs protestants, dont certains furent arrêtés et déportés. Il s’occupa personnellement de l’opération de sauvetage d’une centaine d’enfants juifs allemands internés au camp de Gurs, évitant ainsi leur déportation à Auschwitz.  Grâce à ses actions directes et indirectes en faveur des persécutés, des milliers de Juifs lui doivent leur vie. Le pasteur Marc Boegner a été reconnu comme Juste parmi les Nations en 1988.

 

LE PERE AUGUSTE MARYAND

Le père Auguste MAYRAND était, pendant l’Occupation, à la tête d’un internat pour garçons tenu par des Dominicains à Oullins, un faubourg de Lyon. Défiant le danger auquel il s’exposait, il fit de son établissement un refuge pour des dizaines d’enfants juifs et de nombreux adultes. Parmi eux, les Gannatolsky, qui confièrent leur garçon âgé de sept ans, Charles, à l’école des Dominicains. Il y vécut jusqu’en septembre 1944. Le père Auguste lui apprit à faire le signe de croix et à réciter des prières, mais, lorsque le petit Charles voulut se convertir, il refusa catégoriquement de le faire, lui rappelant qu’il était et devait rester juif. A la libération, le père Auguste rendit tout l’argent que les Gannatolsky lui avaient laissé pour l’hébergement de leur fils.   

 

LE PERE PIERRE-MARIE BENOIT (1895-1990) 

GR
Le père Pierre-Marie Benoît, prêtre français appartenant à l’ordre des Capucins, s’installa au couvent des Capucins de Marseille. Bouleversé par la législation raciale de Vichy, il prit la décision de se consacrer à la protection des réfugiés juifs. Pour ce faire, il mit en œuvre tous les moyens dont il disposait : contacts avec les passeurs, avec les mouvements clandestins, avec les organisations religieuses de toutes confessions – catholiques, protestantes, grecques-orthodoxes, juives. Il réussit ainsi à obtenir des faux papiers et à faire passer clandestinement des fugitifs vers l’Espagne et la Suisse.L’imprimerie au sous-sol du couvent imprimait des formulaires pour des faux certificats de baptême destinés aux Juifs. Après l’occupation du sud de la France, il entreprit l’organiser le transfert des Juifs vers la zone sous occupation italienne.

Il rencontra à Nice Guido Lospinoso, commissaire italien aux affaires juives, et le persuada de ne rien entreprendre contre les 30.000 Juifs qui vivaient à Nice et dans ses environs. Lorsque la Gestapo découvrit ses activités, le père Benoît fut obligé de se réfugier à Rome, où il continua ses efforts de sauvetage. Il fut actif dans la principale organisation juive  de bienfaisance en Italie, dont les réunions se tenaient souvent au couvent capucin de Rome. Le père Benoît sollicitait les ambassades de Suisse, Roumanie, Hongrie et Espagne et réussissait à obtenir de faux papiers pour les Juifs. Il sauva ainsi la vie à un grand nombre de Juifs, en les arrachant à la déportation et aux chambres à gaz. Lorsque Rome fut libérée en juin 1944, la communauté juive de la ville organisa une cérémonie officielle à la grande synagogue en son honneur. Le mémorial de Yad Vashem le place parmi les premiers des Justes, en 1966 : « Le moine capucin Marie-Benoît aida des centaines de Juifs à gagner la Suisse et l’Espagne à partir du Sud de la France. Traqué par la Gestapo, il s’enfuit à Rome où il poursuit son travail de sauveteur depuis son bureau au collège des capucins, en coordination avec la principale organisation sociale juive (Delasem). Personnage légendaire, il fut surnommé le "Père des Juifs" par ceux qu’il sauva ».

En parlant de son action, le père précise: « J’ai un arbre planté dans l’allée des Justes, au Yad Vashem de Jérusalem. Cet arbre ne représente pas seulement moi, il représente aussi bien les Juifs courageux avec lesquels j’ai combattu et sans lesquels je n’aurais pas fait grand chose. Je veux nommer : Joseph André Bass, Maurice Brener, Angelo Donati, Stéfan Schwamm, Settimo Serani, Giuseppe Levi, Aron Karsterstein. C’est plutôt en leur nom que je veux parler… »

 

LUCIEN ET AGNES BERTRAND

Les Bertrand avaient une boulangerie à Lagrasse, dans le sud de la France. Une jeune femme juive, Paula Niger, qui s’était réfugié à Lagrasse, demanda de l’aide à Agnès Bertrand, car elle craignait une opération de la Gestapo dans le village, destinée à arrêter les Juifs et les résistants. Elle avait demandé auparavant de l’aide au médecin et au commandant de gendarmerie, mais les deux avaient refusé. Après réflexion, les Bertrand décidèrent de cacher Paula chez eux, dans une petite pièce au-dessus du four de la boulangerie. Ils acceptèrent également la présence d’un ami juif de celle-ci, et refusèrent toute rémunération. Devant les risques qu’impliquait une telle action, ils insistèrent sur la nécessité de garder le secret et demandèrent à leurs enfants de ne révéler à personne la présence des deux jeunes gens dans leur maison. Paula et son ami restèrent plusieurs semaines dans la boulangerie, jusqu’au jour où, suite à une soudaine visite de la Gestapo, ils durent quitter précipitamment la maison et rentrer chez eux. Arrêté, le boulanger fut torturé, mais ne parla pas. Remis en liberté, il continua à envoyer, par l’intermédiaire de ses filles, des colis de nourriture jusqu’à la Libération. En 1968, Lucien et Agnès Bertrand ont reçu la médaille de Justes des Nations.

 

ISAURE LUZET 

Isaure Luzet fut l’une des premières femmes en France à obtenir le diplôme de pharmacien. Propriétaire de la pharmacie le Dragon à Grenoble, elle habitait au-dessus de l’établissement. Le couvent des sœurs de Notre-Dame-de-Sion se trouvait juste en face. Les religieuses prirent part courageusement au sauvetage de jeunes Juives et Isaure Luzet leur prêta son concours. Elle se chargeait de remettre de faux papiers aux fugitives et était en contact avec un réseau de passeurs qui leur faisaient franchir la frontière suisse. Parfois, elle hébergeait des Juifs chez elle. Elle s’occupa également d’une petite fille juive, que ses parents avaient confiée aux Sœurs de Sion. Isaure Luzet reçut le titre de Juste en 1988.

 

SUZANNE SPAAK (1905-1944)

Suzanne Spaak était née dans une famille de banquiers belges et vivait à Paris avec son mari, le cinéaste Claude Spaak, frère de Paul-Henri Spaak, ministre des Affaires étrangères de Belgique et un des hommes politiques belges les plus importants. L’occupation allemande lui parut insupportable et décida de faire de la résistance. En 1942, elle entra dans le Mouvement national contre le racisme, clandestin. Elle n’hésita pas à fait usage de la position sociale pour solliciter l’aide de religieux, juges, écrivains, leur demandant de se battre contre la persécution des Juifs et des opposants au régime. Elle rejoignit, ainsi, le réseau de renseignement de l’Orchestre rouge, se distinguant par l’audace des opérations qu’elle proposait. Elle se consacrait surtout au sauvetage des enfants juifs menacés de déportation. Elle cacha certains d’entre eux à son domicile, en attendant de leur trouver un refuge sûr. La jeune femme fut arrêtée par la Gestapo en octobre 1943, emprisonnée, torturée et assassinée par les Allemands en août 1944, deux semaines seulement avant la libération de Paris. Pour son courage et ses grandes qualités humaines, Yad Vashem lui a décerné, en 1985, le titre de Juste des Nations.

 

JULIEN AZARIO

Pendant la guerre, Julien Azario, haut fonctionnaire de la police de Lyon, fit usage de tous les pouvoirs que lui décernait son statut pour venir en aide aux Juifs qui le contactaient ou qui lui étaient présentés après leur arrestation. Il leur procurait de faux papiers et faisait remettre en liberté les Juifs arrêtés. Il n’acceptait aucune contrepartie financière pour ses activités, qui étaient motivées par sa volonté de résister à l’occupation, de s’opposer à la politique de Vichy et un désir sincère de venir en aide aux persécutés. En 1993, il a reçu la médaille de Juste des Nations.

 

CLAIRE CHEMITRE

Claire Chemitre, qui habitait à Paris pendant l’Occupation, vit, dans la nuit du 10 au 11 février 1943, le début d’une rafle dans son quartier. Elle se précipita dans l’immeuble voisin pour prévenir la petite Sarah Koffman et sa maman, qu’elle hébergea dans son appartement jusqu’à la fin de la vague des arrestations. Son mérite est d’autant plus grand que, n’étant pas particulièrement liée avec la famille avant ce jour, elle réussit à la sauver pratiquement sous le nez des gendarmes. Risquant sa propre vie, Claire Chemitre hébergea Sarah et sa mère jusqu’à la libération de Paris, en août 1944, et ce sans la moindre rémunération. Comme Sarah ne pouvait pas aller à l’école, elle donna elle-même des leçons à la petite fille. Yad Vashem a décerné à Claire Chemitre le titre de Juste des Nations en 1989.  

  

Sources : Dictionnaire des Justes de France, édition établie par Lucien Lazare, Yad Vashem, Jérusalem, Librairie Arthème Fayard, Paris, 2003.

Martin GILBERT, Les Justes. Les héros méconnus de la Shoah, Paris, Calmann-Lévy, 2002.

 

Charleroi - Belgique - Monde - Liens