Dossier de presse concernant la remise du titre de Juste parmi les Nations à la famille Peteux,
qui a caché et sauvé la famille de Maurice Konopnicki
Lambertine et Alfred rejoignent les Justes
Plus de cinquante ans après la Shoah, Maurice Konopnicki, membre actif de la communauté juive de Charleroi, président du centre international de recherches et études sur le Moyen-Orient, évoque la protection de sa famille contre les nazis par Lambertine et Alfred Peteux. Monique, leur petite-fille, recevra aujourd’hui, à l’hôtel de ville, les décorations de l’ambassadeur d’Israël.
CHARLEROI-LA-MAUDITE. Ce titre paru dans Le Monde, peu de temps après l’éclatement de l’affaire Dutroux, avait profondément choqué Maurice Konopnicki, qui connaît bien le monde de l’édition, étant l’auteur de deux « Que sais-je ». Il avait d’ailleurs pris la plume, pour rétorquer au grand quotidien français que « la ville, qu’il affublait ainsi de tous les maux, s’était illustrée, pendant la Seconde Guerre mondiale, par la bravoure de ses habitants envers les Juifs exposés à la cruauté nazie. » Les faits sont là pour le prouver. Nombre de Carolorégiens ont sauvé plusieurs centaines de vies humaines des camps de la mort, en usant de plusieurs stratagèmes : faux papiers, cachettes. « La plupart d’entre eux agissant dans la plus grande discrétion », s’empresse d’ajouter Maurice Konopnicki.
Tout le monde s’appelait cousin…
Même s’ils ne connaissent pas la notoriété de Schindler, largement médiatisé dans le film de Spielberg, Lambertine et Alfred Peteux, et leur fils Joseph, font aussi partie de ces « héros » qui, en protégeant les Juifs, ont risqué leur vie pour les autres. Leur histoire est d’ailleurs très liée à la famille Konopnicki.
Pour comprendre les liens qui se sont tissés entre eux, il faut remonter à 1942. Maurice avait quatre ans et vivait en compagnie de ses parents et de sa sœur Ida. Quant à son frère Victor, il avait été pris au cours d’une rafle, en juillet de la même année, alors qu’il se trouvait dans une pâtisserie de la rue Neuve. Emmené par la Gestapo, ce dernier fut envoyé à Auschwitz, d’où il ne sortira plus vivant.
Un an plus tard, la famille Konopnicki fit la connaissance de Lambertine et d’Alfred, deux résistants soucieux de les protéger. En leur compagne, ils partirent de Marchienne-au-Pont à Montigny-le-Tilleul, jusqu’à la fin des hostilités. « Pour montrer que nous appartenions tous à la même famille, je me souviens que tout le monde s’appelait "cousin", se rappelle Maurice. Nous avions de fausses identités : on se faisait passer pour des gens de Strée et mon père avait pris le nom de Dumont, un nom à consonance plus francophone que Konopnicki ! »
Après la guerre, les années passèrent et Maurice Konopnicki perdit contact avec la famille Peteux. Jusqu’il y a deux ans où au cours d’une interview diffusée par la RTBF Namur, une voix se fit entendre. C’était celle de Monique, la petite fille de Lambertine et Alfred, qui avait reconnu son ami d’enfance. Maurice eut du mal à retenir son émotion.
En présence de l’ambassadeur d’Israël
Aujourd’hui, Lambertine et Alfred sont décédés. Pour honorer leur mémoire, Monique, domiciliée à Beaudour, recevra, à 18h, en salle Paulus du musée des Beaux-arts, le diplôme et la médaille des mains de l’ambassadeur d’Israël M. Harry Kney-Tal. Maurice Konopnicki est heureux que notre métropole puisse gratifier des citoyens qui, par leur courage exceptionnel, ont commis des actes d’héroïsme. Les marques de reconnaissance seront décernées à Monique par l’Institut Yad Vashem. Cette commission permanente, qui recense des Justes parmi les Nations, fut créée en 1962. Aujourd’hui et depuis 1970, elle est dirigée par Moshe Bejski, survivant de la Shoah. Outre les décorations remises à Monique, le nom de Lambertine et Alfred Peteux sera inscrit dans le Jardin des Justes à Jérusalem.
Jean-Claude Hérin |