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Article de journaux sur les justes de charleroi.

 

 

LE RAPPEL, 22.02.2000

Charleroi – Deux « Justes parmi les Nations » honorés

Alors que l’Europe se mobilise contre Haider, la Communauté israélite de Charleroi honore deux Justes parmi les Nations qui ont sauvé les membres d’une famille juive.

Mme Andrée Heureux et M. et Mme Vadenborren-Devroye (à titre posthume) ont été elevés au rang des « Justes parmi les Nations » en présence de M. Jacques Luchs, président de la Communauté israélite de Charleroi, de M. Konopnicki et des membres de la communauté. Cette cérémonie de remis de médailles et de témoignages de reconnaissance décernés par l’Institut Yad Vashem de Jérusalem a eu lieu à la synagogue de Charleroi. Les Justes y ont reçu leur médaille honorifique des mains de l’attaché d’ambassade, M. Elie Antebi.

 

L’Ombre de la « peste brune »

Le bourgmestre de Charleroi, M. Van Gompel, accompagné de l’échevin de la culture, M. Christian Renard et de M. Lippens, représentant le ministre Van Cauwenberghe, assistaient à cette émouvante cérémonie du souvenir honorant les citoyens belges. Toutes les allocutions des personnalités présentes ont mentionné l’angoisse suscitée par l’Autriche de Haider. Cet événement ranime tant d’atroces souvenirs. Cette simple phrase « Plus jamais ça ! » s’élevait du cœur de chacun. M. Elie Antebi a aussi témoigné la gratitude de son pays au peuple belge en rappelant q’un tiers des Juifs, en Belgique, ont échappé à l’Holocauste. L’extermination recherchée par les Nazis s’est heurtée à l’héroïsme de quelques-uns de nos compatriotes. 1300 Belges sont honorés comme « Justes parmi les Nations ». Leurs noms sont gravés sur le Mur des Justes belges et leurs actes méritoires seront à jamais incrustés dans la pierre à Jérusalem.

 

Les Suchecki sauvés par Andrée Heureux

Abraham Suchecki, Marja et leur fils Maurice, âgé de 12 ans, sont Juifs. Dès le printemps 1942, ils se lient amicalement avec la famille de la jeune Andrée Heureux. En été 1942, les rafles s’intensifient à Charleroi. Les Suchecki se réfugient à Marcinelle.

Mais la crainte des dénonciations est omniprésente. La famille juive désespérée demande du secours auprès d’une habitante de Mont-sur-Marchienne, Andrée Heureux qui vit avec ses 2 petites filles. Son mari est prisonnier de guerre en Allemagne. Pour les aider, Andrée loue des maisons à son nom à la campagne. Abraham et Marja trouvent enfin un refuge sûr à la rue Haies Germaine jusqu’à la fin de la guerre. Andrée Heureux reçoit souvent le couple chez elle et elles leur donnent des timbres de ravitaillement reçus grâce à l’armée secrète. Le jeune fils Maurice, quant à lui, trouve refuge chez des cultivateurs d’Ottognies. Cette séparation a pour but d’éviter une arrestation familiale collective.

 

Maurice Sucheki, jeune agriculteur

Volontairement éloigné de sa famille par mesure de prudence, le jeune adolescent travaille chez Hector et Sidonie Vandenboren. Tous deux sont agriculteurs dans une ferme isolée du Blocry, près d’Ottignies. Le jeune Maurice Suchecki prend le nom de Michel Jansen. Il s’intègre bien dans la famille des agriculteurs. Hector et Sidonie n’ont pas d’enfant. Ils le traitent comme leur propre fils. Avec « parrain Hector », Michel va canoter au « Bois des Rêves » et, avec marraine Sidonie, il apprend à produire du pain, du fromage, du beurre et à stériliser fruits et légumes. Malgré quelques alertes et les interrogations acharnées du garde-champêtre local, jamais le secret de la véritable identité du jeune homme n’est révélé à quiconque.

 

Marice se souvient

« Sidonie et Hector me considéraient comme leur fils. Ils m’ont aidé, soigné et protégé jusqu’à la Libération. J’ai pu enfin retrouver mes parents, à Mont-sur-Marchienne. Plus tard, mes sauveurs, les époux Vandenborren ont eu une fille, Nelly… J’entretiens avec celle-ci et son mari les meilleures relations qui soient… » Ses souvenirs sont suivis d’un vibrant intermède interprété par le quatuor à cordes de jeunes musiciens de l’Ecole supérieure d’arts Thelma Yellin de Tel-Aviv. Ensuite, survient un moment d’émotion intense, pendant que la prière des morts est récitée par M. Blum, ministre officiant. Chacun pense à ces millions de disparus, exterminés par la folie du nazisme.

 

Hommage aux combattants de la guerre

M. Elie Antebi a rendu un hommage particulier à Hans Glusman. Enrôlé volontaire en 1948, Hans a rejoint l’Armée de Libération. Comme l’explique un ancien du « Machal », malgré les langues multiples parlées par ces volontaires,un objectif unique les guidait : redonner une « patrie » au peuple juif disséminé. Certains y ont laissé la vie. Parmi eux, un jeune Juifs belge, venant de notre région, est mort au champ d’honneur lors de cette guerre : Hans Glusman. Une médaille lui a été décernée à titre posthume. Elle a été remise à son frère, Jacques Glusman, juste en fin de cérémonie, avant que le quatuor n’interprète l’hymne national israélien.

 

Pol Rectem

 

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