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Article de journaux sur les justes de charleroi.

 

 

SUD PRESSE, 24.11.1999

Pont-à-Celles – Marie, Juste parmi les Nations

Marie Sottiaux, 85 ans, habitant Pont-à-Celles depuis sa naissance, recevra ce jeudi 25 novembre la marque de reconnaissance attribuée par l’Institut Yad Vashem de Jérusalem, celle de Juste parmi les Nations, la plus haute distinction honorifique qui soit accordée par l’Etat d’Israël, et, fait paradoxal, à des non Juifs. La cérémonie, qui se tiendra au Centre Culturel d’Auderghem, en présence de plusieurs personnalités politiques et d’Associations d’anciens résistants, accueillera 600 invités.

Le titre de Juste parmi les Nations n’est pas accordé à la légère : « Un dossier doit être introduit, explique Laurent Reichman, attaché au service presse de l’Ambassade d’Israël à Bruxelles, par les personnes qui ont été sauvées par des particuliers. Le dossier part alors à l’Institut Yad Vashem, à Jérusalem, qui analyse et recoupe les renseignements et les témoignages, pour accorder finalement, après un an/un an et demi de recherches, le titre de Juste ». Ainsi, en Belgique, pas moins de 1 400 personnes ont déjà été honorées du titre de Juste parmi les Nations. « Il faut savoir, continueM. Reichman, qu’un tiers des Juifs de Belgique ont été sauvés durant la guerre. La Belgique, proportionnellement parlant, est le pays qui a le plus aidé les Juifs à survivre à l’Holocauste ». 

 

Une Juste à Pont-à-Celles

Parmi les 85 citoyens belges mis à l’honneur au travers de cette cérémonie pleine de mémoire et de reconnaissance, une citoyenne de Pont-à-Celles sera donc présente, toujours bon pied bon œil. Marie Sottiaux, veuve de Jean-Baptiste Vodermans, cacha une année durant, du 27 mars 1944 à la Libération en 1945, une petite fille qui avait le seul tort, aux yeux de l’occupant allemand, d’être juive.

« Elle s’appelait Léa, nous explique Martine Sottiaux. Léa Sternfeld. Elle habitait avec ses parents, son frère et une de ses tantes à quelques pas de notre maison. Sur dénonciation, la Gestapo est venue chez les personnes qui abritaient déjà la famille Sternfeld à cette époque. Quand j’ai vu ça, j’ai tout de suite couru au jardin de cette maison pour essayer de prendre la petite fille, Léa. Mais elle tenait la main de son père bien fort… Je n’ai pas pu la prendre dans mes bras. Les Allemands sont venus, ont frappé la fille avec leurs fusils pour lui faire lâcher prise. Le père a été embarqué, mais le reste de la famille a pu rester sur place. »

Un répit mis à profit pour cacher le frère de la petite Léa au pensionnat de Drève (nord de Luttre), sa mère et sa tante dans une maison de la région. Léa, quant à elle, gagnait la maison douillette de la famille Sottiaux. « Nous n’avons pas réfléchi à ce que nous faisions. Mais si ne nous l’avions pas fait, qui d’autre aurait pu s’en charger ? Nous avions une citerne vide dans une des pièces, où nous pouvions cacher rapidement la petite Léa, dès que le vent sentait mauvais. » Pas facile de vivre ainsi, la peur au ventre, en ne sachant pas ce que pouvait réserver chaque coup frappé à la porte. « Mais nous considérions Léa comme notre fille. Nous lui faisions faire des dictées, nous lui donnions les leçons que nos deux enfants, Jean et Gilberte, recevaient. Léa était une fille très intelligente, très ouverte. » Et pour la nourriture, on s’arrangeait : « Nous n’avions que 20 francs par jour pour vivre, mais on faisait comme on pouvait. » Puis vint le jour de la Libération. Le père de Léa, prisonnier à Charleroi avant de partir pour Auschwitz, n’en est jamais revenu, mais le reste de la famille put se retrouver. « Nous sommes toujours restés en contact avec Léa. Elle habite Bruxelles. Nous allons de temps en temps au restaurant ensemble. Son frère, lui, est parti vivre aux Etats-Unis. »

Le titre de Juste parmi les Nations réjouit évidemment Marie, « même si cela s’est passé il y a 50 ans », et, restée conquête, elle ne compte pas y aller fagotée n’importe comment : « Je dois encore aller faire des courses, pour aller m’acheter de nouvelles chaussures. » La vie, comme Marie, continue inlassablement à aller son chemin, au-delà des drames humains…

 

B. Berthaut
Ph. D. Gauvain

 

 

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