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Enseignement des Justes

Le sens de l’entreprise de Yad Vashem tien aussi à certaines considérations d’ordre éducatif et moral :

  1. La mise en évidence des actes des Justes non-juifs prouve qu’il était possible d’aider les Juifs. L’excuse selon laquelle le dispositif terrifiant mis en place par les nazis paralysait la volonté et empêchait les gens d’agir est démentie par les actes de ces milliers de Justes qui ont aidé des Juifs à échapper à la Solution finale.
  1. L’obligation éthique fondamentale de reconnaître, d’honorer et de rendre hommage, au nom du peuple juif (représenté par l’Etat d’Israël), à tous ces non-Juifs qui leur sont venus en aide et ont risqué leur vie pour secourir des Juifs courant les plus grands dangers.
  1. L’engagement d’assurer que les actes des Justes non-juifs serviront de leçon aux futures générations et seront un exemple de conduite morale, même dans des circonstances de profonde tension physique et psychologique. La leçon à en tirer : tout un chacun peut et doit résister à des régimes totalitaires ; la résistance est possible non seulement au niveau collectif mais aussi individuel.
  1. Par leurs actes désintéressés, les Justes parmi les Nations ont consacré le plus important des principes sacrés de la vie, à savoir que la vie est un droit et soi et que personne ne peut violer cet impératif sacré. La mort innocente d’une seule personne frappe l’humanité tout entière. C’est pourquoi la devise gravée sur la médaille des Justes reprend la phrase du Talmud : « Quiconque sauve une vie sauve l’univers tout entier. »


Hall du souvenir, Yad Vashem

Dans son livre « L’épopée des Justes de France (1939-1945) », Hubert Hannoun écrit, au sujet des Justes : « Les Justes, eux, sont là pour nous rappeler d’une part que les ignominies de notre temps existent mais que les réactions qui s’y opposent sont toujours possibles si infimes soient-elles. Dans les pires situations que la France – et l’Europe – a vécues sous l’Occupation, face aux crimes les plus abominables passés ou présents, il y a toujours quelque chose à faire, depuis le chaud et discret sourire de l’amitié à la victime jusqu’à son sauvetage effectif de l’exil, de la déportation ou de la mort. Nous sommes, en quelque sorte, tous responsables de ce qui se déroule dans notre environnement physique et social, chacun à la mesure de ses responsabilités. Merci, les Justes, de nous en donner une si belle illustration ! (…)

Se contenter d’obéir passivement aux ordres d’une hiérarchie c’est se transformer en un pion, une marionnette inconsciente des fils qui font ses mouvements et ses balbutiements. Les Justes choisissent de n’être ni des pions ni des marionnettes. Mais des êtres humains. Des êtres libres. Et, dans les pires situations, ils témoignent de ce que l’on peut, le plus souvent, faire mieux que l’on a fait jusque-là. Avec, bien sur, le courage d’aller jusque-là. Les Justes l’ont. Les obéissants irresponsables, les sangloteurs de salons, eux, se protègent derrière leur pleutrerie complice. (…)

Le choix final de la personne – ou du groupe – est dans l’acte par lequel elle se choisit librement généreuse ou égocentriste, dans une société que, de même, elle veut faire libre ou servile. Ce n’est pas là le problème exclusivement théorique. Ce choix existentiel est pour chacun de nous, de chaque instant. On choisit son camp compte tenu de son environnement, certes, mais, de plus, en décidant du sens de sa vie, en optant pour la voie à prendre parmi toutes celles qui se présentent, celle du discernement courageux et risqué ou celle de la faiblesse aveugle et coupable. C’est le rapport de leur poids en soi qui fait la décision. C’est là que se situe la pleine responsabilité de l’homme (relativement) libre. (…)

Durant le temps des Justes, combien de bourreaux n’ont-ils été les mécaniques passives du « nous » collectif prépondérant en leurs temps ? L’éducation qui doit prévenir cet avatar est celle qui apprend à l’enfant à savoir dire « non », comme l’ont fait les Justes. Dire non pour ne pas être mécanisé. Pour assumer son humanité. » (Hubert Hannoun, L’épopée des Justes de France (1939-1945), Paris, Connaissances et Savoirs, 2004)

 

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