Dossier de presse concernant la remise du titre de Juste parmi les Nations à la famille Peteux,
qui a caché et sauvé la famille de Maurice Konopnicki
Discours de Maurice Konopnicki, prononcé le 25.09.1997 à l’Hôtel de Ville de Charleroi
Cérémonie d’hommage à titre posthume à Lambertine et Alfred Peteux ainsi qu’à leur fils Joseph en présence de leur petite-fille Monique Marlaire-Peteux
C’était il y a un peu plus de 50 ans.
Le monde était devenu fou.
Une race qui se croyait supérieure avait décrété que des races inférieures devaient disparaître de la surface de la Terre. Les Juifs, les Tziganes, les handicapés mentaux et d’autres encore se trouvaient parmi elles, et n’avaient plus le droit de vivre.
C’est ainsi que j’ai été condamné à mort, comme toute ma famille, comme tout le peuple juif se trouvant sous la botte nazie.
Mon frère Victor avait 14 ans lorsque les nazis l’ont enlevé. Il est disparu à Auschwitz comme beaucoup d’autres membres de la Communauté juive de Charleroi.
Mais à Charleroi, plus que partout ailleurs, un grain de sable, infirme, dur et ferme, a quelque peu enrayé la machine infernale conçue par les nazis.
La solidarité manifestée par le peuple de Charleroi, composé de gens modestes, généreux, courageux, a sauvé des familles juives.
C’est ainsi que vos parents et grands parents, Monique, se sont élevé contre la barbarie, nous ont tendu la main et nous ont offert un asile sûr, à ma sœur Ida, à mes parents et à moi-même. Ils nous ont permis de vivre, de mener à bien nos projets, de fonder des familles. Ma sœur et mes parents ne sont plus là pour le dire, mais sachez que mes enfants, mes neveux et petit neveu, Ariè, Victor, Deborah, Pierre et Nicolas, doivent une reconnaissance infinie à Lambertine et Alfred Peteux, qui sont venus à notre secours.
En évoquant leur mémoire, qui nous est chère, je voudrais citer Primo Levi : « (…) ils nous ont constamment rappelé (…) par leur façon si simple d’être bon, qu’il existait encore, en dehors du nôtre, un monde juste, des choses et des êtres encore purs et intègres, que ni la corruption, ni la barbarie n’avaient contaminés, qui étaient demeurés étrangers à la haine et à la peur ; quelque chose d’indéfinissable, comme une lointaine possibilité de bonté, pour laquelle il valait la peine de se conserver vivant. »
Au-delà de l’émotion que je n’ai pu dissimuler aujourd’hui, permettez-moi d’exprimer le vœu que les bienfaits accomplis par Lambertine et Alfred Peteux et leur famille, à l’image des Justes reconnus par Yad Vashem, servent – dans ce monde qui est toujours en danger de folie – d’exemple aux jeunes générations, appelées à manifester leur solidarité et leur compassion devant leurs frères en difficulté ou dans le malheur, pour ne pas commettre ce que le philosophe Glucksman a appelé « le crime d’indifférence ». |